Lucis Trust / Activités de Se... / Bonne Volonté M... / Bulletin / Derniers numéros / 2006 #4 - Qu’es... / Vie, Conscience, Mort  

Vie, Conscience, Mort

Le sujet de la mort évoquepresque une crainte universelle, et peut-être qu’une compréhension plus profonde de la conscience mettra un point définitif à cette crainte. En plus de cette possibilité capitale (et partiellement à cause d’elle), cette compréhensionentraînera beaucoup de transformations très importantes eten profondeur sur ce que nous pensons de nous-mêmes et du monde, et donc sur notre manière de vivre nos vies. On peut dire que c’est avec le mondede la conscience, comme un aspect de l’existence, que l’humanité trouvera essentiellement son état unifié , sa source de lumière et d’amour et le but sous-jacent. Le changement mis en œuvre par une telle croissance de la compréhension sera si grand qu’il provoquera l ‘émergence d’une ère d’expression unifiée et plus libre de la vie planétaire, se manifestant en des relations harmonieuses entre tous les êtres.

Nous connaissons et expérimentonstousla conscience au travers du facteur de la sensation physique, de la réaction émotionnelle, des images issues de l’imagination ou de la concentration mentale, pour citer des exemples très familiers. C’est évident que ce sont nos pensées et nos sentiments qui animent notre corps physique et le galvanisent dans une certaine sorte d’activité- nos actions et nos paroles véhiculent notre état d’esprit et les sentiments que nous expérimentons. Sous cette perspective, la consciencepeut être perçue comme le facteur créatif, causal et la forme comme l’effet résultant la manifestation et l’extériorisation de la conscience. Si nous poussons plus loin cette idée, nous pourrions dire que la conscience crée , imprègne et détermine la nature de la forme, et requiert cette nature de forme pour son expression- c’est la vision ancienne de l’Orient sur la nature de base de la conscience et de sa relation avec la forme. Dans son livre Le livre Tibétain de la Vie et de la Mort, Sogyal Rinpoche dit , « Actuellement, notre corps est indubitablement le centre de notre univers entier. Nous l’associons, sans penser, à notre Soi….et cette association fausse et non réfléchie renforce continuellementnotre illusion de leur existence concrète, inséparable… Quand nous mourrons, toute cette construction composée s’effondre dramatiquement en pièces. Ce qui arrive, pour simplifier extrêmement, est que la conscience… continue sans le corps… » 1

La vue occidentale moderne semble être tout à fait à l’opposé : elle détermine que c’est la forme qui augmente les modes variés de conscience comme résultat d’un processus biologique complexe. Cela signifie qu’avec la mort et la dissolution du corps physique, nous terminons complètement notre existence. Bien que ce soit la théorie éminente de la science occidentale, ce n’est pas la seule théorie qui a été mise en avant pour tenter d’expliquer lacause et l’existence de la conscience. Des penseurs modernes présentent un point de vue s’approche de celui oriental, à savoir que les rêves sont en fait un type d’action en eux-mêmes et ne doivent pas dépendre de la nature physique corporelle pour exister et fonctionner ; et les expériences proches de la mort (NDE), relatées à des chercheurspar tant de gens, semblent apporter la preuve de la continuation de la vie et de la conscience après la mort physique.

Soi-Conscience

Pour clarifier un point de confusion possible, il peut être utile de considérer la différence entre la conscience comme terme générique et la conscience de l’être humain. Le merveilleux mécanisme du corps humain a été exploré dans la science occidentale et plus on fouille, plus cela devient merveilleux. Chaque cellule, ou groupe de cellules dans le corps a sa fonction propre. La cellule a sa propre sphère de conscience et ceci est démontré dans les fonctions qu’elle exerce ; par exemple, certaines se déplacent en cherchant littéralement leur chemin à tâtonset sont capables de reconnaître si les cellules sont du même organisme, soit du corps dans sa totalité, ou si elles sont étrangères. Cette faculté de reconnaissance est sûrement une forme de conscience, cependant il est évident queces cellules n’ont pas l’éveil de conscience pour accomplir leurs activités comme le ferait l’être humain. La soi-conscience semble être la prérogative de l’être humain, qui, en pleine conscience lucide participative peut diriger son ou ses activitésdéterminées par son bon vouloir. En plus nous sommes capables de distinguer le connaisseur du domaine de connaissance et de son moyen d’accès à cette connaissance. En d’autres termes nous sommes capables d’identifierun soi observant , percevant – le « je », la sphère particulière de conscience ou connaissance, et la forme à travers le soi perçoit. Donc tous les êtres sont imprégnés de conscience, mais ne doivent pasnécessairement avoir la capacitéde conscience pleine ou délibérée , qui dépend vraiment de la perception de l’individualité. Fritjof Capraremarque « la conscience de l’environnement …. Est une propriétéde laconnaissance de tous les degrés de vie. La conscience de soi, aussi loin que nous le savons, est manifeste seulement chez les animaux les plus élevés, et se révèle pleinement dans l’esprit humain. En tant qu’humains, nous ne sommes pas seulement conscients de notre environnement, mais aussi de nous-mêmes et de notre monde intérieur. En d’autres termes, nous sommes conscients que nous sommes conscients. Nous ne savons pas seulement ; nous savons aussi que nous savons. » 2

Transitions conscients

Rêver, s’éveiller, être né, mourir – tout cela signifie des changements ou des transitions dans la conscience d’un type d’activité vers une autre et d’une sphère de conscience à une autre. En nous étantendormis et étant entrés dans notre monde de rêve, la plupart de nous sont des participants inconscients des activités du rêve. Nous sommes entraînés d’un événement étrange au suivantet souvent, en une seule nuit, nous expérimentons une grande complexité d’expression émotionnelle et mentale équivalente à notre conscience de veille. Et cependant, il y a des gens qui sont capables de participer activement et d’exercer une influence délibérée, ou consciente sur leur environnement subjectif. Cela a été appelé rêve lucide. Un rêve lucide est un rêve dans lequel on est activement conscient du fait de rêver. Dans un tel rêve, où cette conscience est séparée du contenu du rêve, on peut même commencer à manipuler l’histoire et les acteurs pour créer la situation désirée.3

La réalité vivante et colorée d’un rêve lucide force chacun qui l’expérimente à subir une réévaluation transformatrice de ce qu’ils perçoivent être la réalité de leur vie éveillée.4

Il y a d’autres exemples d’état d’éveil, tout en agissant à travers un véhicule de conscience autre que le corps physique – un exemple étant les maints cas rapportés dans les expériences ainsi nommées expériences extra-corporelles (OOBE’s). Beaucoup de patients se sont observés eux-mêmes enpassant par laressuscitation , ou en étant déclaré morts, etont été capables de se rappeler des moments durant le processus ou même des mots du médecin quand ils ont finalement réintégré leur conscience de veille, bien qu’ils aient été eux-mêmes complètement inconscients du monde (au sens ordinaire) à ce moment-là. Ces rapports fournissent la preuve du point de vue selon lequel « la conscience elle-même qui peut agir hors du corps durant la vie physique peut agir complètement indépendamment de lui après leur séparation lors de la mort corporelle. »5

On dit que certains qui ont expérimenté la méditation sont capables d’entrer consciemment en état d’endormissement et « s’abstraire » ou retirer leur conscience de leur corps physique vers des royaumes plus élevés de conscience – tout ceci est fait dans la pleine connaissance du processus , de la technique etla pleine conscience de leur environnement intérieur. On dit qu’un processus similaire est suivi lors de la mort. Dans la tradition bouddhique tibétaine, il existe une pratique centrée sur les processus du sommeil et de la mort qui permet à l’étudiant de devenir conscient durant ces deux processus – c’est le yoga du rêve. Selon ce point de vue, le processus de la mort est la plus grande opportunité spirituelle de la vie d’une personne ; des méthodes ont été imaginées afin d’utiliser la mort de façon scientifique dans un but de libération spirituelle. Le yoga du rêve commence avec l’exercice du pouvoir de visualisation – visualiser le processus de « dissolution » au moment de s’endormir, voyant son corps subtil quitter le corps physique et entrer dans ce qui est appelé « leclair niveau de lumière de la conscience ». En mourant, on entre dans « la claire lumière de la mort ». Tout ceci entraîne« un processus de dissolution, un retrait » de la conscience.Espérons que ces techniques puissent être modifiées de telle sorte qu’elles puissent être adoptées plus largement, car dans maintes parties du monde, il y a maintenant « une grosse différence entre la méthode scientifiqued’amener les gens à l’incarnation et la manière parfaitement aveugle, souvent effrayante et certainement ignorante de lessortir de l’incarnation ». 6

Vision élargie

C’estce processus d’abstraction, ou de retrait de la conscience de son état normal pour aller vers d’autres états plus élevés de conscience hors du règne physique,qu’on peut considérer comme le lien entre le sommeil, le rêve et la mort et comme la base de la continuité de conscience. Il y a toujours eu, aussi loin qu’on remonte, deux aspects de l’existence mentionnés et décrits : celui de la forme et celui de la conscience – nous sommes nos soi physiques et sommes cependant conscientsde maints types d’environnements – nos natures physiques, sensitives et mentales par exemple. C’est le troisième aspect, celui de la vie, qui permet à la forme et aux sphères variées de conscience d’exister, et qui constitue la différence entre rêver/dormir et mourir. Durant le sommeil, nos corps physiques sont maintenus en existence dans le monde, tandis que notre conscience est abstraite dans d’autres domaines de consciences.C’est dans la mortqu’à la fois la vie et la conscience sont retirées du corps physique, de telle sorte que la personne qui est « passée de l’autre côté » (soit vers d’autres sphères de conscience) est en réalité en vie, sauf que l’aspect vie est maintenant « ancré » dans un corps de conscience autre que le corps physique.

Alice Bailey a les mots encourageants suivants : « est-il impossible de concevoir une époque où l’acte de mourir sera la finalité triomphante de la vie ? Est-ce impossible de visualiser l’époque où les heures passées sur le lit de mort pourront être le prélude glorieux prélude à un départ conscient?… Ne pouvez-vous pas visualiser le temps où, au lieu de larmes , de crainteet du refus d’accepter l’inévitable, la personne mourante et ses amis se mettront mutuellement d’accord sur le moment et que rien ne marquera le décès si ce n’est la joie? que, la pensée de la douleur n’entrera plus dans les esprits de ceux qui sont laissés derrière etla mortsera considérée comme un événement plus heureux queles naissances et les mariages ? »7

On peut dire que l’humanité est sur le chemin de la maîtrise de sa nature subjective exactementcomme elle a maîtrisé son intelligence et son activité purement physiques (quoique non les valeurs qui incitent à une activité plus éclairée ). Et ce processus intérieur de maîtrise apparaît lentement à travers les nouvelles valeurs qui émergent. Cela conduira sûrement à une croissance de la conscience du rêve et à une science qui permettra à de plus en plus de gens de passer le portail de la mort sereinement et en connaissance .

Quand l’humanité détache son regarddu monde de la forme et cesse de s’identifier uniquement avec ce monde, sa nature et ses valeurs matérielles,et au lieu de cela le concentre sur le monde de la conscience, aux valeurs expansives et potentiellement plus inclusives, avec lequel elle s’identifie, elle fait les premiers pas pour trouver son être et sa source intérieurs, dont la nature est unité et communication sans entrave. Le monde de la conscience remet en cause nos valeurs matérielles etbien entendu la totalité de la vie mentale construitepar l’humanité sur la vie et de la réalité, et peut donc libérer l’esprithumain de ses limites actuelles contraignantes .Quand un plus grand nombre d’êtres humains adhèreront au fait que la forme est une expression de la conscience et de la qualité subjective émergente, nous serons alors en route pour trouver la clé de la transformation du monde, car celle-ci doit émerger d’un changement de conscience. C’est une réalisation majeure vers laquelle l’humanité semble se mouvoir si sûrement. Nous pouvons tous explorer notre conscience avec conscience et intérêt, ouvrant littéralement une réalité nouvelle et vivante comme un champ de découverte et créativité.

1.Sogyal Rimnpoche, Le livre tibétain de la vie et la mort, pp 241-2. Rider, Londres,19992

2.Fritjof Capra, La toile de vie, p 278, Harper Collins, Londres, 1996

3.Francisco J. Varela (ed.), Le sommeil, le rêve et la mort, p 101. Publications Wisdom, Boston,1997

4.Malcom Godwin, Le rêve lucide, p.10. Element Books, Shaftesbury and Rockport,1994

5.David Lorimer, Survivance?, p 6. Routledge, Londres, 1984

6.Alice Bailey, Un traité de la magie blanche, p. 499, Lucis Publishing Co., New York, 1934

7.Idem, p. 499-500