Newsletter 2017 #1 - De l’Intellect à l’Intuition

DE L'INTELLECT À L'INTUITION

 Les événements mondiaux actuels suggèrent que la vie de l’humanité a atteint un point de crise majeur. L’intensité de l’agitation politique en Amérique et en Europe, les conflits brutaux de longue durée au Moyen Orient, dans des régions d’Afrique et ailleurs, le danger d’un effondrement financier plus ample, l’imminence de menaces à long terme associées au changement climatique – tout ceci provoque confusion, et même désespoir, chez beaucoup de personnes de bonne volonté. Il pourrait sembler que l’illusion de séparativité a pris sa revanche et que tous les acquis difficilement gagnés durant les dernières décennies concernant le développement, les droits humains, la construction de bonnes relations internationales, l’établissement d’une sage gérance environnementale, sont compromis, et même perdus.

 Pour évaluer précisément la situation mondiale, il est vital d’adopter un point de vue détaché et de voir les choses dans un contexte à plus long terme. L’étude de l’évolution humaine montre que des cycles de crise, de tension et d’émergence gouvernent les sociétés – grande ou petite – et à travers les périodes de crise et de tension, des ajustements sont fait, la conscience évolue et la bonne volonté émerge dans une plus grande expression. Tandis qu’il est difficile de ne pas être entrainé par l’impact immédiat des événements mondiaux et de ne pas être déçu par les déboires apparents, ce sont généralement des périodes lors desquelles d’importantes leçons sont apprises – leçons qui mèneront la fleur de la conscience humaine vers de plus grandes expressions de bonne volonté alors que nous nous déplaçons vers la phase émergeante du cycle. Nous devons aussi garder à l’esprit la vitesse du changement qui se produit partout dans le monde à cette époque, et combien le déploiement de la conscience est rapide. De ce fait, on peut s’attendre à ce que la bonne volonté soit mobilisée de nouvelles façons ; et en conséquence il ne faudra pas longtemps pour que les ajustements nécessaires soient fait en réponse à ce point de crise mondiale actuelle et que l’humanité sorte de là plus sage et plus motivée que jamais à avancer vers l’unité.

 Gardant cela à l’esprit, s’il y a une chose que cette époque troublante demande aux personnes de bonne volonté, c’est d’approfondir l’alignement avec la Réalité où la Vie est connue pour être bonne et vrai. Seulement alors il devient possible de voir la splendeur du Plan qui se déploie avec ces Forces Divines qui guident notre planète. C’est seulement à partir du point de vue de l’âme que nous pouvons commencer à voir comment la conscience est transformée de manière alchimique par la rencontre de l’humanité avec l’ensemble. La volonté d’établir des relations de partage, de justice, de respect pour tous et un sens permanent d’unité de la vie est calmement en train de croitre au sein des individus et des groupes. Les événements des derniers mois ne changent rien à cela ; ils appellent à un approfondissement de la volonté-de-bien, cette qualité de la volonté spirituelle qui inclut la volonté-d’être, la volonté-d’aimer et la volonté-de-servir.

 Comme contribution à cette volonté approfondie, et au renforcement de la nécessaire lucidité d’esprit et de cœur, l’association Bonne Volonté Mondiale a fait briller ces derniers mois une lumière sur le rôle que l’intuition joue dans la restauration du monde et de nos vies spirituelles. Pour ceux qui sont plongés dans les domaines sans concession de la politique, de l’économie, des relations internationales, des questions ethniques et raciales, la relation entre l’intellect et l’intuition peut sembler hors de propos. Pourtant le progrès dans chacun de ces domaines dépend grandement de cette relation.

 En vue de concentrer la pensée sur le rôle de l’intuition à cette époque, Bonne Volonté Mondiale a produit un cahier destiné à une aussi large diffusion que possible : Un Rayon de Lumière éclairant notre Chemin : Réflexions sur l’intuition. Il contient des pensées de scientifiques, de philosophes, artistes et poètes. Vous pouvez commander des copies à distribuer dans les lieux adéquats, lors d’événements ou de rassemblements ; et nous vous invitons à partager les liens vers la copie digitale à travers les médias sociaux et e-mails. Fin octobre 2016, Bonne Volonté Mondiale a continué sa réflexion avec des séminaires à Londres, Genève et New York, ainsi qu’un rassemblement spécial aux Nations Unies à Genève reliant l’Intuition à la Responsabilité Ethique et aux Objectifs de Développement Durable. Plus que des tables de discussions, les séminaires ont intégré le silence, la méditation et la visualisation en tant que partie centrale du programme et en tant que clés pour le travail de l’éveil de l’intuition. Des vidéos de toutes les discussions, ainsi que des copies des plans de méditation sont disponibles sur le site web, ici.

 Cette édition de la newsletter continue d’attirer l’attention sur la relation entre l’intellect et l’intuition et son rôle à cette époque-charnière de l’histoire, avec une sélection d’écrits de certaines allocutions des séminaires. Elle inclut des commentaires fondés sur la compréhension de l’intuition selon la Sagesse Antique en même temps qu’une abondance de sujets explorant le rôle de l’intuition dans la transformation des politiques partisanes, de l’économie monétaire, la science, l’éducation, l’écologie, la guérison, la musique et les arts.

Un Rayon de Lumière éclairant notre Chemin : Réflexions sur l’intuition.   www.worldgoodwill.org/intuition_booklet
De l’Intellect à l’intuition : Vidéos du séminaire.  www.worldgoodwill.org/seminar16

Pénétrer dans l’Imagination Divine


Laurence Newey

Bien que certains regardent toujours l’imagination comme un moyen d’évasion, une fenêtre sur le fantasme et la fiction, sa véritable fonction est l’opposé de ceci ; elle révèle la réalité des mondes intérieurs -les royaumes subjectifs- par l’externalisation de force. L’imagination est une faculté de créer des images et, en tant que tel, elle travaille avec l’intellect pour concrétiser l’énergie subjective en des formes objectives. C’est manifestement fondamental à la créativité dans le monde de l’art, de la culture et de la science, qui ensemble enrichissent tellement la psyché humaine.

 A cause de l’association courante de l’imagination avec l’état de rêve, ceci peut être une idée perturbante au départ ; mais c’est la qualité et le dynamisme de l’énergie dans laquelle on choisit de concentrer l’imagination qui détermine notre sens de la réalité. Comme l’a écrit Carl Jung : « Je suis effectivement convaincu que l’imagination créatrice est le seul phénomène primordial accessible à nous, le vrai terreau de la psyché, la seule réalité immédiate. »[1]

 Dans cet esprit, chaque être humain est un rayon cristallisé de l’Imagination Divine qui a lutté quelque peu aveuglément à travers le processus évolutionnaire pour devenir ce qu’il est. En tant que tel, chacun est une histoire qui se déploie et l’intelligente coopération est requise pour accomplir le prochain pas dans cette histoire. L’imagination créatrice humaine doit être utilisée en coopération avec l’Imagination Divine. Et c’est l’intuition qui est le pont entre les deux. L’intuition est l’imagination humaine et divine fusionnée et combinée.

 Quand le pont de l’intuition est établi, la conscience a accès au règne divin des idées – les archétypes qui ont été créés par l’Imagination Divine et sont destinés à s’exprimer dans le monde manifesté comme partie du processus évolutionnaire. L’intelligence, l’imagination créatrice est alors utilisée pour extérioriser une idée en en faisant une image qui est convenable et intelligible pour l’étape actuelle d’évolution et de compréhension de l’humanité.

 Sur ce fait repose la grande vérité que chaque être humain est destiné à devenir un co-créateur dans le schéma divin des choses. Mais où commencer ? Comme nous l’avons appris des grandes religions mondiales, la qualité fondamentale de la Divinité est l’Amour. Par conséquent, travailler en méditation avec l’énergie de bonne volonté et exprimer cette bonne volonté dans tout ce qu’on fait est clairement un bon début. Une autre qualité remarquable de la Divinité est la Lumière. Et cela suppose que si nous développons notre vision intérieure et regardons dans l’Imagination Divine, nous devrions voir clairement – et c’est la base de l’intuition – l’amour et la lumière. L’Amour est la qualité qui rend la vision précise. Sans amour, la conscience égoïste courbe et déforme la lumière et on obtient une fausse impression. Les mirages et illusions apparaissent souvent avec le fanatisme.  

 Alice Bailey a écrit que « l’Intuition est la lumière elle-même, quand elle fonctionne, le monde est vu comme lumière et les corps de lumière de toutes les formes sont graduellement apparent. Ceci comprend la capacité de contacter le centre de lumière dans toutes les formes, et une relation essentielle est alors établie. »

 Les trois qualités que l’intuition confère sont : l’Illumination, la Compréhension et l’Amour. Dans un autre livre d’Alice Bailey, nous lisons que l’objectif de l’expérience divine sur terre est « d’apporter une condition psychologique qui peut le mieux être décrite comme lucidité divine. Le travail de la psyché, et le but de la vrai psychologie, est de voir la vie clairement, telle qu’elle est, et avec tout ce que cela implique. Cela ne signifie pas les conditions et l’environnement, mais la Vie. Ce processus a commencé dans le règne animal et sera complété dans le règne humain… La première faible indication de cette tendance envers la lucidité est perceptible dans la faculté de la plante de se tourner vers le soleil. »

 C’est un simple et beau symbole. La plante tournant vers le soleil et déployant la beauté de ses fleurs dans la lumière. C’est exactement ce que l’être humain a à faire en découvrant la lumière intérieure et en se tournant vers elle. Sur son propre tournant de la spirale, le chercheur spirituel mène aussi des expériences divines. La lucidité implique de penser profondément et de manière créative sur la nature de nos relations avec les autres, avec notre famille, nos amis, notre communauté, et les nations. Dans ce travail, l’imagination peut être employée de façon prospère comme un outil pour l’expérimentation et les lignes de lumière vivante, qui mènent profondément dans le cœur des relations d’âme, peuvent être découvertes. En apprenant comment concentrer la lumière, nous focalisons la vraie essence de notre être en un canal de vision – qui illumine le champ de relation dans les mondes supérieur et inférieur. L’observateur regarde à l’intérieur dans cette lumière spirituelle et à l’extérieur dans cette même lumière clarifiante.  

 Le progrès vers cet idéal élevé nécessite une vision qui est libérée des préjugés nationaux, culturels et idéologiques. Des niveaux plus fins d’impartialité, de discernement et de détachement sont requis par tous ceux qui servent l’humanité et qui désirent voir les signes du Plan d’amour et de lumière extériorisé sur terre. La nature émotionnelle raffinée du chercheur spirituel peut devenir tellement focalisée sur les effets extérieurs et sur la montée et l’effondrement des chances de l’humanité que la vision devient troublée par l’espoir et le désespoir. L’esprit est élevé par les signes d’espoir d’une synthèse croissante pour se heurter ensuite aux puissances ténébreuses du séparatisme qui prévaut encore. L’effet stroboscopique de ces victoires alternant entre les forces de lumière et de l’ombre laisse le chercheur dans un état de confusion quant à savoir où se situe le monde par rapport au Plan Divin.

 Mais quand l’observateur apprend comment regarder dans le monde phénoménal à partir du rayon de lumière de l’âme, le royaume des forces causales est en vue et la compréhension directe survient. Il n’y a plus besoin de rumination, de déduction ou d’interprétation – la conscience et la pure vision sont devenue une seule et même chose et la grande transition entre l’intellect et l’intuition est accomplie. Dans les mots de la méditation avec la pensée-semence : « Le déploiement de l’intuition apportera une reconnaissance mondiale du Plan Divin. Toute vie et toute forme seront alors vues dans leur vraie perspective et la synthèse de l’évolution mondiale réalisée. »  

Laurence Newey est Vice-président du Lucis Trust

[1]. Carl Jung, Letters, Vol.1, p. 60

“Dieu était ici… Et je ne le savais pas.”


Bayo Akomolafe

 Vous serez peut-être d’accord avec moi qu’en cette époque moderne où tout semble accéléré ; où chaque visage apparait faiblement éclairé par la lueur séduisante d’un appareil portable ; et où nous sommes perpétuellement bombardé avec des informations ruisselant des pixels, des panneaux d’affichage, des écrans de télévision et des titres hurlants, le désir de trouver refuge, de s’établir sous de bons auspices, est attrayant. Mais où trouver refuge ? Où est la maison ? Je pense que ces questions sont implicites dans la façon dont nous pensons au sujet de la pensée – et surement pertinentes envers l’idée de cheminer de l’intellect à l’intuition. C’est presque comme si nous saisissions les vestiges, en voie d’extinction, du sacré à peine vivant dans une société globale qui semble hostile à l’enchantement. Pourquoi autrement voudrions-nous aller de l’intellect à l’intuition ? Qu’est-ce qui motive ce changement ?

 Pour une raison très urgente (et pour une raison rhétorique également), nous sommes dans une période de renversements et de ruptures fondamentales dans les limites des choses. Du déversement de pétrole dans le Golfe du Mexique en 2010 par BP, à l’insurrection des réfugiés syriens, aux révélations surprenantes selon lesquelles les Américains espionnent tout le monde avec la NSA, et l’implosion gênante des opinions politiques avec les fuites des « enregistrements de vestiaires » et du journalisme Wikileaks, il semble que les choses tombent en ruine et des centres sont assiégés et hantés. Dans un monde de renversements, nous sommes invités à questionner nos concepts de pureté, de frontières statiques, et de propriétés prédéterminées. On tend à penser le monde de façon binaire : c’est nous contre eux, blanc contre noir, homme contre femme, humain contre non-humain, dieu contre la chair, sujet contre objet, lumière contre ténèbres. Tous ce qui est vivant et sacré est cloisonné dans un très petit espace – peut-être que l’espace est couvert par un halo. Mais est-ce le cas ? Est-ce que le monde extérieur est un cercle mort et inerte, ou est-ce que le halo se déverse lui aussi ?

 On attribue au philosophe français du 17ème siècle, René Descartes, le dicton maintenant populaire : Je pense, donc je suis – un surprenant manifeste pour la mortalité et l’inutilité du monde. Pour Descartes, il était important d’ancrer la science dans quelque chose qui ne pouvait pas être réfuté – en certitude. Ainsi donc, avec une pensée investigatrice, il procéda au questionnement de l’existence de tout. Il découvrit qu’il pouvait se dispenser de l’existence des aigles, des rivières, des nuages, des sandwichs, du feu, du monde entier en fait. Mais la seule chose dont Descartes ne pouvait douter était le fait qu’il doutait. Il en vint donc à la conclusion que le doute était l’évidence de l’esprit, et que l’esprit était fondamentalement séparé du monde matériel. D’une plus fine, moins discernable matière, si vous voulez. Ainsi, il sépara formellement le monde en divisions qui perdurent toujours dans la façon dont on approche l’univers – comme une ressource, comme un outil silencieux ou une toile de fond derrière la glorieuse activité humaine.

 Ces orthodoxies cartésiennes situent l’esprit à distance de la matière. La méthode scientifique est basée sur cette supposition : pour connaitre une chose, vous vous éloignez d’elle – d’une certaine manière pour préservez la distance entre sujet et objet. On pourrait presque y voir un geste bourgeois de répulsion ! « Ultimement », les paramètres cartésiens nous ont conduits à localiser la pensée, le sentiment, le pouvoir, et tous les mystérieux événements psychologiques avec lesquels nous sommes intimes au cerveau. Ainsi avec de larges coups de pinceau, Descartes peint le portrait d’un monde où l’enchantement est toujours à court d’approvisionnement. Nous sommes incarné dans un monde qui n’a pas d’âme jusqu’à ce qu’il soit touché par notre présence. L’âme est quelque chose de restreint, enfermé dans le fini… en pénurie. L’intrigue se complique, et la dynamique de l’évasion attendue est activée.  

 Aujourd’hui, nos nombreux systèmes de fonctionnement et nos institutions sont programmés selon les impératifs cartésiens. Quand on abat un arbre, qu’on étend du goudron et de l’asphalte, et qu’on parle de changement climatique comme si c’était simplement une affaire de conséquence humaine, ou qu’on maintient que les océans et leur richesse de vie inimaginable valent des milliards de dollars, on crée un point aveugle – un déni de la signification et de la puissance du monde qui est supposément « autour » de nous. Heureusement nos coordonnées cartésiennes rencontrent des influences troublantes et perturbatrices qui contestent ce mode de fonctionnement. On raconte de « nouvelles » histoires qui pourraient nous faire rougir. Et si le monde était en vie ? Et s’il y avait de l’enchantement, de l’esprit, de la beauté, et du pouvoir, même dans les choses qui semblent mortes et simplement instrumentales ? Je pense, donc je suis ! – quelle grossièreté ! Un badinage pervers entre la matière et l’esprit est en cours. Et l’immanence gênante du sacré dans l’ordinaire continue sa croisade profane.

 A l’époque où le monde scientifique était pris dans des questions à propos de la nature de la nature – et spécifiquement de la nature de la lumière, à savoir si c’était une onde (montrant des schémas d’interférences) ou une particule (localisée en petites unités) – un physicien londonien du 18ème siècle, Thomas Young, vint avec une expérience destinée à résoudre la question une fois pour toute. Il créa un appareil qui montrait la lumière comme une vague, propagée partout – un point de vue qui allait à l’encontre de la croyance d’Isaac Newton, un siècle plus tôt, que la lumière était une particule.

 Des années après Young, Niels Bohr, un physicien danois, père de la théorie quantique et contemporain d’Einstein, insista sur le fait que la lumière n’était intrinsèquement ni une onde ; ni une particule. C’était les deux à la fois. Einstein, son pire rival, balaya son affirmation en disant que la conséquence du raisonnement de Bohr était que rien n’existe comme étant certain, ou que les choses n’apparaissent pas déjà faite. Einstein voulait croire que le monde avait des lois matérielles ordonnées, élégantes, mesurables qui gouvernent la façon dont les choses se relient entre elles – mais ici Bohr disait fondamentalement que les choses ne dérivent pas en substance de quelque chose d’intrinsèque. Et que la propriété d’une chose, l’identité d’une chose, son ontologie, ce qui fait un humain, ou une tasse de thé, ou un sandwich, dépend de la façon de le mesurer. Bohr affirmait que le monde est fait de relations, pas de choses. C’est dans le contexte des relations que les choses tirent leur substance.

 Si le monde est une relation en cours, s’il n’y a pas de choses en soi, pas de frontières solides sauf un fluide coagulé dans un courant, et si nous émergeons au sein du contexte de ce flux, alors nous avons à repenser tout – même la pensée. Au moins il y a quelque chose d’intéressant qui justifie un second regard sur nos idées à propos du monde.

 Karen Barad, une physicienne théorique et féministe – dont le travail a grandement enrichit mon travail dans le monde – a formulé le concept d’intra-action (opposé à « interaction ») pour décrire comment les choses sont constamment mélangée l’un avec l’autre, et comment elles sont originales. Donna Haraway parle d’écologies contagieuses, suggérant que le monde s’élève à partir d’un devenir-commun – un élan commun. John Shotter, « en reflétant » ces changements dramatiques, explique que tout ceci « signifie qu’aucune chose n’existe pour nous en tant que telle comme une chose fixe et permanente séparée de son environnement. Toute chose existe comme un « agissement », comme la représentation d’un agencement, comme un objet focal participant de l’intérieur à un processus fluide plus large, se déployant indéfiniment, sans limite. Par conséquent, comme êtres au sein d’un monde qui est toujours dans le processus de devenir autre que ce qu’il était avant, nous devons apprendre à penser « tout en étant en mouvement », pour ainsi dire, et de traiter nos « pensées » comme des résultats temporaires au sein d’un processus de devenir perpétuellement en cours. »

 Ce qu’indique tout ceci, c’est que « les choses que nous nommons les pensées sont à concevoir comme des processus intra-actif se produisant dans le monde entier. La pensée n’est pas localisée dans le cerveau humain. Nous ne sommes pas spéciaux. Il y a des cas où des orques ont mené des expériences sur les personnes qui menaient sur eux des expériences. Mais ce n’est pas seulement les chiens, les cétacées et les animaux qui sont largement comme nous ; c’est que nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que nous vivons dans le monde décrit par Descartes – le monde des sois isolés et des autres appauvris. Nous sommes déversements au travers des limites, et la dualité phallique entre humain et non-humain, homme et femme, ceci et cela, ici et là-bas, s’effondre.

 L’esprit devient matière, et la matière ne ressemble plus à l’état réductionniste, de « qualité compressée » que nous pensions avoir complètement compris. C’est dans cet espace que certains parlent d’intra-pensée ou l’idée que l’esprit est trans-corporel, perturbant les limites entre intérieur et extérieur, et réprimant nos tentatives de nous installer confortablement à l’écart de l’environnement. La proposition que nous « avons » une âme (âme qui est responsable de tout notre comportement) est ébranlée quand nous suivons studieusement les processus de transition qui existent entre « esprit » et « matière ». J’aimerais dire que l’âme n’est plus à l’intérieur, ou à l’extérieur, mais simplement « avec ». C’est dans les interstices, dans la relation, dans les à-côtés au-delà de nos barrières et au sein de nos barrières que l’âme prospère et en un sens, nous n’avons pas encore rencontré l’âme.

 Ces choses qu’il semble que nous sachions –même si nous ne pouvons les soutenir d’une manière qui satisfasse l’opinion- sont aussi importantes que ces connaissances qui sont ancrées intellectuellement. Mais je perpétue une fausse dialectique en parlant ainsi. La grammaire me fait défaut ici. L’intellect et l’intuition ne sont pas les deux faces d’une pièce. Elles ne sont pas séparées, et leurs significations sont encore en jeu. Les deux sont des modalités créatrices. Si on adopte la compréhension conventionnelle, et qu’on se représente l’intuition comme des réseaux neurales pré-conscients formés par la pratique et le comportement, alors cela signifie que l’intellect (ou le processus rationnel le plus conscient impliqué dans nos exercices cognitifs) fait partie de ce façonnage. Les deux sont co-constitutifs, de la même façon que l’océan constitue le rivage et le littoral caractérise l’océan. Qu’arriverait-il si on commençait à faire confiance à nos corps, nos sentiments?

 En conclusion, cette re-description post-moderne du monde coïncide avec ce que mes concitoyens nigérians semblent savoir - que le monde est en vie, et qu’on peut apprendre à écouter. Cette matière parle, initie, mène des expériences, désire, espère, écoute, se questionne, dérange et crée. Soudainement le monde des quatre dimensions – avant, arrière, en haut, en bas – est perturbé par de nouvelles directions : étrange.

 Nous faisons partie d’un monde cousu de vitalité – un monde qui n’était pas achevé dans les histoires mythologiques des origines. Un monde qui est toujours en train d’être déchiffré, toujours en train de défaire ses propres paramètres, toujours en train de découvrir ses significations. Un monde qui est toujours en mouvement.

 Peut-être, comme Jacob – ce personnage farceur des représentations judéo-chrétiennes – qui partit en exil, et plaça sa tête fatiguée sur le roc, en maudissant ses dérives pécheresses et le fait qu’il était encore en train de fuir un frère qui voulait sa tête, nous pouvons nous réveiller du rêve des divisions cartésiennes, avoir un regard « plus juste » sur le monde que nous tentons constamment de laisser en arrière, et affirmer, comme il le fit, « Dieu était ici, le sacré a toujours été ici tout le long, juste ici… et je ne le savais pas. »

Bayo Akomolafe est un auteur et orateur connu mondialement, reconnu pour ses « points de vue poétiques, non-conventionnel, contre-intuitif et indigène sur la crise global, l’action civique et le changement social. » Il est le directeur exécutif de Emergence Network

Le Mot-Clé dans la Démocratie est Relation


Mark Gerzon

 Durant mon existence, la conscience humaine a évolué de façon extraordinaire et une sorte de sagesse a émergé. Vous pouvez le voir dans la capacité croissante des êtres humains à gérer le conflit et trouver un terrain d'entente et dans des phénomènes tels la compréhension de l'intelligence émotionnelle. Vous pouvez le voir dans la puissante et profonde évolution de la pleine conscience et dans la prise de conscience de la dimension spirituelle de la vie. Des images du monde issues de l'espace sont apparues au cours de ma vie et des millions de personnes ont pris conscience de leur interdépendance et du fait que la terre est un système vivant.

 Pourtant, aujourd'hui, ce qui est vraiment frappant, c'est le contraste entre cette nouvelle sagesse et la nature extrêmement partisane de notre époque. Il semble y avoir un déclin accéléré dans le débat public et dans la capacité de la démocratie à favoriser l’échange. La grande philosophe et journaliste Hannah Arendt dit que la démocratie a besoin d'un endroit pour siéger, et la démocratie semble avoir perdu cette place.

 Dans les années 30 et 40, avec le financement de la Fondation Rockefeller, j'ai commencé à réunir des groupes libéraux et conservateurs autour d’initiatives communes. Ce fût tellement fructueux que j'ai été embauché par un comité du Congrès américain pour concevoir et guider des retraites. Les participants, qui n’auraient pu être plus divers, ont tous convenu que les relations entre les membres du congrès allaient dans une impasse et devaient être réactivées. Ils ont proposé de nombreuses solutions. Mais quand ils sont revenus au Congrès, les chefs de parti ont veillé à ce qu'aucune d’entre elles ne soit jamais prise en compte. Si quelque chose émergeait de cette retraite, cela affaiblirait le pouvoir des chefs de parti.

 J'ai compris que le leadership collaboratif manquait dans la vie politique du pays. J’ai été frappé par le fait que ce qui se passait aux États-Unis était semblable à la lumière rouge qui s’allume dans votre voiture pour indiquer que vous avez besoin d'huile. Si vous ne mettez pas de l'huile suite à la persistance de la lumière, vous ne serez pas surpris si la voiture s’arrête de fonctionner. C'est ce qui s'est passé dans notre pays (et ailleurs dans le monde). Nous n'avons pas répondu au témoin. Nous avons négligé d'ajouter de l’huile ; Nous avons échoué à favoriser un leadership collaboratif dans notre politique. Nous avons négligé de favoriser la prise de conscience de notre interdépendance et interconnexion.

 Donc avec cette prise de conscience je me suis remis au travail avec un état d’esprit de néophyte. J'ai été frappé par une vérité fondamentale concernant mon corps. Quand je rentre dans une pièce, je marche sur le pied gauche puis sur le droit. Si je mène du pied gauche, j’impulse avec le droit et vice versa. Mes pieds savent que la gauche et la droite font partie de l'ensemble. C'est pareil avec mes yeux. Quand je te regarde, je regarde avec deux yeux. Quand nous faisons des choses, nous utilisons nos deux mains. Notre main gauche et notre main droite ne se battent pas, elles collaborent pour attacher une chaussure, faire le dîner ou tenir un bébé.

 Ainsi, au niveau de notre corps, il est clair que nous sommes des êtres trans-partisans. Le problème est que nos esprits sont intrinsèquement polarisés. Les statistiques montrent que la plupart des attitudes politiques des gens sont une combinaison de rouge et de bleu, mais nous devons faire semblant d’être l'un ou l'autre. Lorsque nous voyons une femme enceinte, nous nous soucions, ni de la maman, ni du bébé, ou bien nous nous soucions du bébé mais pas de la maman. Nous pensons immédiatement quel beau spectacle. La vie se réalise, et elle est belle. Nous y pensons d’un point de vue global. Mais dès que cela devient politique, nous pensons en termes de rouge ou de bleu : le droit de la femme de choisir ou le droit de l’enfant à vivre. Ce sont des choix partisans que nous donnons, même si nous avons tendance à inclure à la fois des perspectives conservatrices et libérales dans la façon dont nous réfléchissons vraiment aux questions.

 Pour comprendre cela, je veux plonger un peu dans la structure de la conscience humaine, car elle affecte la citoyenneté. Et pour ce faire, je veux utiliser le langage du logiciel. Quand Microsoft sort le Windows 12 et que j'ai Windows 10, je ne pense pas "J'ai le 10 et donc je ne reçois pas le 12". Au lieu de cela, je me demande si la version 12 est meilleure que celle que j'ai. Il se peut que je ne l’obtienne pas, mais je suis curieux. C'est dans cet état d’esprit de non-jugement que je veux explorer différentes itérations de la citoyenneté.

Citoyen 1.0 : Vision du monde fondée sur l’égo. L'intérêt personnel est une chose très honorable. C'est ce qui nous pousse à obtenir un bon emploi, à avoir un toit sur notre tête, et à obtenir une part équitable de ce que nous sommes censés avoir. Si nous n'exerçons pas quelque peu cette approche basée sur l’ego, nous ne mangeons pas et nous ne survivons pas.

Citoyen 2.0 : Vision du monde fondée sur le groupe. Nelson Mandela a décrit comment, lorsqu'il était enfant, il voulait juste jouer dans les bois, être heureux et jouer avec ses amis. Quand il a vieilli, il a commencé à se soucier des Sud-Africains noirs. Je voulais que les Sud-Africains noirs aient une meilleure part dans notre pays. Il s'identifia à son groupe et nous sommes tous heureux qu'il l'ait fait. Nous avons maintenant des populations entières qui s'occupent d'elles-mêmes : les chiites et les sunnites, les chrétiens et les Britanniques qui veulent être séparés de l'UE - tous à la recherche de «qui nous sommes». C'est un pas en avant par rapport à la vision du monde égocentrique et c'est une façon honorable d'être un citoyen.  

Citoyen 3.0 : Vision du monde fondée sur la nation. Nous atteignons le stade où nous disons : je suis un Américain, ou je suis un Kenyan, ou un Français ou un citoyen du Royaume-Uni. Cela signifie que nous nous identifions à quelque chose de plus grand que notre groupe et c'est un pas en avant dans la conscience. C'est vraiment un grand pas parce qu'il y a beaucoup d'Américains (par exemple) qui pensent qu'ils aiment l'Amérique, mais qui, en fait, haïssent les autres Américains et les appellent de noms horribles. Donc Citoyen 3.0 signifie être disposé à vous identifier à quelque chose de plus élevé que votre groupe. On peut même la considérer comme une identification à l'âme d'une nation. Mais Citoyen 3.0 peut être également antagoniste à d'autres nations. Il existe une sorte d'américanisme qui ne veut que s’occuper de soi et ne se soucie ni du Japon ni de l'Afrique. Les ententes commerciales ne sont abordées que pour « obtenir la meilleure offre pour soi».

Citoyen 4.0 : Vision du monde fondée sur de multiples cultures. Un nombre croissant de personnes passent maintenant du temps dans des pays autres que leur pays de naissance, apprennent une langue étrangère ou tombent amoureux d'une personne d'un autre pays. En conséquence, un nombre de plus en plus élevé de personnes peuvent s'identifier à plus d'un pays. Après que Mandela ait réalisé qu'il se souciait de son groupe, les Sud-Africains noirs, il prit conscience que les noirs ne seraient pas libres à moins que les Sud-Africains blancs se libèrent aussi de l'apartheid. Il a grandi pour se soucier de son pays tout entier. Et en prison, il a commencé à voir qu'il n'y aurait pas de changement à moins que d'autres pays aient cessé de soutenir l'apartheid. Enfin, il en est venu au point où il s'est identifié à la lutte pour la liberté dans le monde entier, y compris la liberté de tous les êtres vivants.  

 Il est facile de décrire un modèle à quatre niveaux. Mais le voyage lui-même est assez difficile. Je crois que tous ces niveaux coexistent en chacun de nous tout le temps. Nous sommes une confluence dynamique de tous ces niveaux de conscience en nous-mêmes. La clé est d’en être conscient ; Cela crée un certain degré de compassion. En fin de compte, je pense qu’être un citoyen mondial consiste à être quelqu'un qui préconise une écologie des visions du monde, en reconnaissant que votre vision du monde n'est pas la seule. Il faut de la sagesse et de l’humilité pour maintenir tous ces niveaux de citoyenneté dans votre cœur, et une volonté de guider au-delà des frontières qui divisent la nature humaine.  

 C'est là que l'intuition entre en jeu. Si nous sommes un tout et incarnons le sens inné de notre propre globalité et de la complétude de la création, nous serons mieux en mesure d'avoir un monde pacifique, juste et durable. Ceci requiert la capacité à s’insérer dans la vérité la plus profonde de qui nous sommes en ce moment, reconnaissant être celui qui maintient en cohésion la gauche, la droite et le centre de son propre être. Si nous refusons d'abandonner ce sentiment intérieur de pouvoir et de vérité, nous pouvons regarder tout ce qui se passe autour de nous à partir de cet endroit fondé sur la plénitude et sur l'unité.  

 Le mot clé dans la démocratie est la relation. Si je refuse de transformer quelqu'un d’une opinion différente en mon ennemi, et si je suis engagé dans une relation avec cette personne, je serai en mesure de m'engager dans une attitude respectueuse contradictoire. Prenons, par exemple, différentes perspectives sur les accords commerciaux. Les discussions doivent être contradictoires afin que, par l'apprentissage et la relation, nous puissions réellement approfondir notre sagesse - en raison de nos différences d'opinion. J'ai expérimenté cela à tous les niveaux de ma vie, alors pourquoi ne pourrions-nous l’expérimenter en tant que nation ? Je crois que nous pouvons nous maintenir dans un plaidoyer contradictoire tout en nous fondant dans ce sentiment intérieur d’accomplissement.  

 Nous devons voir ceux qui ont des points de vue différents de nous-mêmes comme compléments contradictoires. Si je dis « allons dépenser de l'argent pour résoudre ce problème », j'ai besoin d'un complément contradictoire qui dira : « nous sommes endettés - l'argent manque ». Et si j'ai l'attitude de quelqu’un d’endetté ne pouvant donc pas dépenser de l'argent au profit des enfants qui ont faim, j'ai besoin d'un complément qui dira, « mais nous sommes une nation décente et compatissante et nous pouvons prendre soin les uns des autres ». C'est ce que j'entends par la nécessité de valoriser les compléments contradictoires, en réalisant que cela fait partie de la vision du tout. Je pense que c'est le défi auquel nous sommes confrontés et que c’est ce qui manque dans notre culture d'aujourd'hui.  

 J'ai parcouru mon propre chemin en passant de Rouge gamin à Bleu au collège, à débattre et à défendre, à être médiateur et travailler avec le Congrès des États-Unis. C'était le voyage de l'âme. Je crois que les âmes des nations sont aussi en voyage. Et je crois qu'il y a un lien profond entre mon âme ou votre âme et l'âme de la nation. Le plus grand don de loyauté et d'allégeance à l'Amérique, mon pays, est d'apporter la plénitude de mon âme à ce pays. Car le voyage de l'âme est très lié à l'âme de la nation et à l'âme de l'humanité.  

 Enfin, je veux rappeler le défi d’Einstein : les problèmes ne peuvent être résolus au même niveau de la conscience qui les a créés. Cela concerne la dimension de l'âme. Vous ne pouvez pas résoudre des problèmes au niveau de l'intellect qui a créé les problèmes . Vous devez vous positionner dans ce que certains appelleront le cœur, d’autres l’intuition et d'autres pourraient peut-être appeler plénitude. Mais peu importe comment nous l’appelons, nous devons passer à un niveau plus élevé de conscience pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.  

Mark Gerzon, fondateur et Président de Mediators Foundation, a favorisé les compétences en leadership collaboratif à l'ONU, au Congrès des États-Unis et dans le monde entier. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la citoyenneté mondiale - son dernier titre est : «Les États réunis d'Amérique: comment nous pouvons relier la division partisane». Mark a conclu son discours avec un ensemble de 3 mesures concrètes que les gens aux États-Unis peuvent prendre pour aider à construire une culture politique non partisane. 

Pensons la pensée,  Musique & Intuition


John Dalton

 « De l'intellect à l'Intuition » est un sujet fascinant qui nous amène à réfléchir sur la pensée. Nous vivons à une époque où les scientifiques, qui dépensent des fortunes à la recherche de particules toujours plus petites, regardent leurs ordinateurs et leurs instruments et semblent penser que leurs propres processus de pensée sont en quelque sorte moins réels. Certains enseignants et gourous du Nouvel Âge nous disent même : « Penser, est le problème », et parlent de « l’esprit de singe » qui fait obstacle à la « vraie perception ».  

 Beaucoup disent aujourd'hui que la pensée est quelque chose qui se produit dans l'intimité de nos têtes. Alan Watts, philosophe et écrivain sur le Zen, dit : « L’esprit fait croître les pensées comme le champ fait pousser l’herbe ». Le corps humain peut-il réellement produire des pensées?  

 Il y a une autre façon de considérer cela. Le monde dont nous faisons partie ne peut-il pas produire la pensée en nous comme les couleurs et les arômes des fleurs, les sons de la nature, les goûts des fruits et les merveilles créatrices que nous voyons tout autour de nous ? La pensée peut-elle être subjective quand nous pouvons réellement penser aussi objectivement à nous-mêmes que toute autre chose? La science d'aujourd'hui peut détecter les changements qui se produisent dans le cerveau, et certains pensent que ce sont les causes de la pensée. Cependant, si nous voyions des empreintes sur le sable, supposerions-nous que ce sont des forces dans le sable qui en sont la cause ?  

 Quand on regarde le monde et ses innombrables phénomènes, ce panorama de visions et de sons, de textures et de couleurs, serait complètement déconcertant si nous ne pouvions y réfléchir et distinguer ce que nous regardons, entendons et touchons. La pensée est vraiment une forme de vision, et c'est le sens au travers duquel nous percevons au-delà et ce qui est invisible à ce que peuvent percevoir nos sens physiques. La pensée est en fait une forme de clairvoyance, et la richesse de notre vie intérieure dépend de comment nous apprenons à développer et à concentrer notre pensée/perception spirituelle. La curiosité que nous ressentons (parfois ou souvent, selon notre caractère) est en fait l'aspect invisible, conceptuel de ce que nous percevons extérieurement, s'élevant en nous. Ici, nous pouvons distinguer entre l'intellect, la capacité de séparer, de distinguer et d'ordonner les choses que nous percevons, et la puissance de la raison, à travers laquelle nous pouvons réunir en un tout les concepts séparés par l'intellect. Les deux sont nécessaires. Le premier exige la capacité de différencier et de séparer les phénomènes, la seconde la capacité de voir ce qui a toujours été là : l'unité.  

 La capacité de voir/penser le contenu de quelque chose est Intuition. Tous les objets contiennent des pensées dans leurs formes, et nous pouvons apprendre à les lire. Si chaque chose révélait immédiatement sa nature intérieure aux sens physiques, il n'y aurait pas besoin de penser du tout (ni de science), mais ce n'est pas le cas : l'esprit est un organe de perception plutôt que d'être une sorte de super-ordinateur. Et nous pouvons voir que, fondamentalement, il existe deux sortes de pensée : celle en accord avec la réalité et celle qui ne l'est pas - la dernière représentant des fictions de toutes sortes. Les deux ont leur place. Ce qui importe, c'est de pouvoir les distinguer via l'Intuition, et aussi de distinguer la différence entre les pensées vivantes et les pensées passives qui naissent des mots ; des mots qui peuvent être très logiques mais qui ont encore très peu à voir avec la réalité. 

 Quand nous voyons que la pensée n'est pas seulement un produit de notre cerveau, mais aussi un aspect vivant de la réalité qui parvient à notre conscience, nous devenons de plus en plus ouverts à l'intuition, à la perception du contenu spirituel de ce qui nous entoure. Et ce qui nous aide grandement à voir plus profondément - à travers et non pas avec les yeux, comme dit Blake - est l'amour.  

 Comment l'intuition est-elle liée à la liberté ? Eh bien, lorsqu'une personne agit par instinct, elle n'est pas libre, ni guidée par des sentiments - loyauté, devoir, orgueil, etc. - ni même guidée par des leçons tirées de son expérience antérieure ou des principes moraux reçus d’autorités extérieures ou étudiés et compris. Ceux-ci peuvent tous jouer un rôle, et le font généralement, mais quand nous pouvons agir à partir de l'intuition, en voyant par l’amour de l'action ce qui est juste dans la situation (qui peut ou ne pas coïncider avec l'un des précités), nous pouvons agir librement. « Rien n'est plus rare dans un homme qu'un acte qui soit de lui », dit Ralph Wald Emerson.  

 La plupart des gens agissent nécessairement pour les raisons énoncées ci-dessus, des notions de bien-être personnel ou de normes morales ou, aujourd'hui, d’idées PC. Quand quelqu'un rompt le code PC, des milliers de gens semblables à des automates vont protester. Une grande partie du Nouvel Âge est aussi régi par la règle, ses partisans sont autant en uniforme, que dans toute société contrôlée du passé. Au-delà de tout cela, nous avons chacun la possibilité d'agir librement lorsque nous suivons notre amour pour atteindre l’objectif, notre intuition morale. Nous pourrions sûrement imaginer d'être libres si nous nous autorisions à agir à partir d'une décision tout à fait originale et intuitive. Ceci est très lié à la création artistique.  

 Les arts impliquent des jeux créatifs de toutes sortes et, au-delà du domaine du divertissement et de l'art de la propagande, il y a l'effort de révéler des vérités plus profondes. C'est ce que font les sciences, mais dans les concepts, les idées et les explications, tandis que l'artiste révèle des vérités à travers des œuvres d'art qui peuvent parler au spectateur ou à l'auditeur à un niveau intuitif. La musique est un bon exemple, parce que c'est une forme d'art qui peut parler à tout le monde, les enfants, les adultes, les gens de différentes cultures, même les bébés encore dans l'utérus.  

 Quand nous pensons à ce que nous entendons dans le monde, nous pouvons distinguer trois catégories. D'abord il y a des sons qui peuvent être produits par toute substance matérielle et qui nous disent quelque chose du matériau, de sa densité, de sa douceur ou de sa fragilité, etc. Lorsque nous entendons ces sons, nous sommes sortis de nous-mêmes et sommes entrés dans la nature intérieure de la substance.  

 Deuxièmement il y a l'énoncé : les voix des autres personnes, les sons des animaux et des oiseaux et des êtres vivants. Quand nous entendons des voix, même si nous ne pouvons pas comprendre les mots, nous pouvons ressentir quelque chose de la nature de l'âme, des sentiments de l'autre, et nous sommes encore conduits hors de nous-mêmes dans l'être de l'autre.  

 Troisièmement il y a le ton musical. Quand nous entendons des tons et des lignes musicales, ils parlent de quelque chose en nous, se développant en nous comme l'intuition, le contenu spirituel de quelque chose, peut surgir dans nos esprits. Lorsque nous entendons de la musique, nous savons intuitivement qu'elle n'a pas été produite par les forces de la nature ou par les animaux. Non, alors que le monde matériel peut produire des sons, et que les êtres animés ont des voix de toutes sortes, ce sont les êtres spirituels qui peuvent produire et aimer la musique. (Les musiciens de la nature sont vraiment les oiseaux, ces créatures qui aiment se soulever de la terre.)  

 La musique, contenant des tonalités, des sons et parfois des voix, peut nous parler spirituellement, de nous-mêmes et de nos âmes et de nos corps. C'est là le secret de la musicothérapie. Dans les trois domaines de la musique (mélodie, harmonie et rythme), nous pouvons intuitivement voir les connexions respectives avec les mondes spirituels, animique et matériel, et avec nos propres forces de pensée - une mélodie est comme un train de pensée - de sentiment et de volonté. Cela trouve aussi sa correspondance dans les trois types d'instruments de musique : les instruments à cordes, à vent et à percussion. Lorsque nous écoutons de la musique, nous pouvons sentir, intuitivement, que nous n'entendons pas seulement par les oreilles, bien qu'on leur en attribue généralement le crédit. Non, nous « entendons » ou « ressentons » les différents instruments et tonalités partout et en nous-mêmes : certains dans nos os, certains sur la peau, certains dans notre respiration et nos battements de cœur, certains dans nos membres inférieurs, Tout notre être peut être rempli de figures musicales.  

 Lorsque nous intellectualisons la musique, nous la perdons, la musique disparaît. Quand nous écoutons avec une pleine attention, elle peut nous parler à des niveaux les plus profonds, et nous pouvons avoir l'intuition exprimée par Mozart: «La musique, dit-il, n'est pas les notes mais dans les silences qu’il y a entre les notes »

John Dalton est un harpiste primé qui parle régulièrement du mystère de la musique, accompagnant ses entretiens de la harpe. Il est un ancien directeur de Rudolf Steiner Press au Royaume-Uni, fondateur du New View Magazine et ancien rédacteur en chef d’Avalon Magazine

Intuition, Argent et Service  


John Bloom

 Parler d'intuition, c'est parler de notre vie spirituelle ; ce qui n'est pas physique mais tout à fait matériel pour toute l'humanité. Il y a de nombreuses cosmologies qui parlent de ce moi intuitif, mais celui-ci est essentiellement ce qui est unique en nous, notre individualité, notre Soi essentiel : le « Je suis » de qui je suis. Je peux partager mon intuition et participer à une intuition collective, mais sans cette première expérience intérieure du Soi, le partage ne peut émerger.  

 La vie spirituelle doit être libre. Quand ce n'est pas le cas, quelqu'un vient me dire qui je suis et me met mal à l’aise. Nous faisons parfois cela l'un envers l'autre. La liberté intérieure, la liberté spirituelle, doit absolument être respectée. C'est une loi cardinale spirituelle. C'est notre verticalité, notre droiture.  

 Et puis d'une manière ou d'une autre, nous devons être dans le monde, sachant que chaque personne a sa propre individualité. Nous devons nous parler et trouver des façons d'être ensemble. C'est ainsi que nous créons des ententes. Et ce sont les accords qui portent notre vie sociale.  

 L'argent est un accord. Tout l'argent avec lequel nous travaillons ne représente rien d'autre qu'un accord. Nous avons créé toutes sortes de différents types de monnaies pour faire des échanges basés sur un ensemble d'accords. Les monnaies fédérales sont la modalité acceptée. Elles sont plutôt commodes puisque nous pouvons emporter les billets avec nous et les obtenir de machines durant nos voyages. Mais nous vivons avec toutes sortes de devises au moyen desquelles nous faisons des échanges, y compris les monnaies de l'amour, des relations et de la réputation. Elles circulent tout le temps ; C'est la nature de nos accords qui leur permet de circuler, d’effectuer des transactions.  

 Aucune transaction n'a lieu sans un accord, et ces accords sont régis consciemment ou inconsciemment par le principe d'égalité. Vous ne pouvez pas créer une règle ou un accord pour quelqu'un d'autre. Nous essayons de créer des accords unilatéraux tout le temps, mais ils ne collent jamais. Aucun accord n'est durable pour les individus, les organisations ou les nations jusqu'à ce qu'ils s'assoient ensemble et se rencontrent en tant qu’égaux et parviennent à un accord qui les reconnaît tous deux. Dans un accord entre égaux, l’un n'est pas plus puissant que l'autre. C'est ce que j'appellerais comment avoir le pouvoir les uns avec les autres plutôt que les uns sur les autres. Ceci implique un changement de paradigme dans la nature du pouvoir, et l'important est qu'il puisse être intégré dans les accords que nous faisons. C'est ce que l'argent représente idéalement.  

 Pourtant, l'argent est de l'énergie, et je dirais aussi que c'est une mesure, un stock de valeur ; Elle nous permet de nous déplacer dans notre vie économique et dans ce cadre d'accords centrés sur l'évaluation. Ce n'est pas non plus une chose singulière parce que l'argent nous permet de faire beaucoup de choses. Nous pouvons acheter des choses, nous pouvons prêter de l'argent aux gens, nous pouvons donner de l'argent et le geste intérieur dans chacune de ces sortes de transactions est tout à fait différent. Nous sommes tous formés à penser que l'argent ne concerne que les transactions. Vous allez à la banque ou au distributeur de billets et vous obtenez votre argent : c'est une transaction. Vous n’avez même pas à parler à quelqu’un. Mais vous ne prêteriez pas d’argent à quelqu'un sans une conversation ou un certain type d’accord. Il existe une relation inhérente mutuelle et temporelle dans la fonction prêt autour de l’argent qui est très différente de, disons, un achat ou d’aller au distributeur de billets.  

 Ensuite, il y a toute la question du don d’argent, comment le gérer et quelles sont les motivations. À mon avis, c'est une situation où l'intuition peut émerger dans le monde des accords, parce que nous pouvons avoir l’intuition de qui peut faire le meilleur usage de l'argent dont nous n’avons pas besoin. C'est là qu’est le don. Il implique également d’imaginer quelqu'un accomplissant sa destinée, et réalisant quelque chose de programmé par son esprit. Mais en donnant, je suis aussi en train de terminer une part de mon destin, car je le reconnais dans quelqu'un d'autre. C'est là que l'intuition se révèle en relation avec les dons, en permettant au don de se déplacer. Il y a toujours un accord, même quand le donneur dit qu'il n'y a pas d'obligations. C'est l'entente qui permet à la transaction de se produire, mais il n'y a pas de limite temporelle à celle-ci.  

 « Le temps c'est de l'argent ». Cela conduit à la question du service qui, pour moi, est un concept extrêmement important en économie. Le service signifie que nous avons une capacité intérieure à reconnaître les besoins des autres. Pourquoi serviriez-vous quelqu'un si vous ne reconnaissiez pas ses besoins ? Quelqu'un a un besoin qui appelle une certaine force altruiste de notre part, qui ne concerne pas vraiment notre individualité, bien qu’elle en soit le moyen. Je n'ai pas besoin d'un accord pour reconnaître les besoins de quelqu'un d'autre. Je peux juste le faire. C'est une fonction d'être éveillé à ce que j'appelle l'interdépendance compatissante. C'est un éveil au fait que nous dépendons vraiment les uns des autres, et si nous ne faisons pas attention l'un à l'autre, nous ne répondrons pas aux besoins de chacun. Sans une interdépendance compatissante, nous irions vers un terrain très antisocial où l'argent et le pouvoir seraient utilisés seulement pour prendre soin de nous-mêmes. Cela signifierait se retirer du système énergétique. L'intérêt personnel est aussi un mythe parce que nous dépendons absolument des autres pour faire ce que nous devons faire. C'est un grand mensonge de dire que vous prenez soin de vous et ne travaillez que pour vous-même. Si tel était le cas, personne ne serait assis ici dans cette salle de conférence, il n'y aurait pas de chaises, pas de manteaux à porter, pas d’avion par lequel voyager. Nous n'avons pas encore démasqué ce mythe parce que l'argent et l'économie sont encore mesurés par l'accumulation plutôt que par la circulation. C'est la circulation qui démontre l'interdépendance.  

 Il y a trois règnes ici : l'intuition, qui est spirituelle et concerne le travail de chaque individu ; L'argent, c'est-à-dire les accords ; et puis le monde entier du service qui est d'être éveillé aux besoins des autres. J'espère qu'il existe une façon pour moi de répondre aux besoins des autres et à ceux-ci de satisfaire les miens, donc nous sommes dans une relation de circulation et réciproque. C'est une triple image de la façon dont nous sommes dans le monde. Le défi est : comment intégrer les accords avec mon être spirituel libre et mon cœur altruiste centré sur la conscience des besoins des autres ? La difficulté vient de ce que nous avons tendance à traiter les trois domaines comme des entités tout à fait distinctes. Prenez le domaine de l'argent, par exemple. Nous expérimentons souvent la qualité de visionnaire quand nous considérons les choses qui peuvent être faites dans le monde pour un but lucratif ou non. Mais quand on pense à l'argent, l'abondance est souvent remplacée par la rareté, la force opposée du « jamais assez ». Comment établir une relation différente avec l'argent qui libère à la fois le service et l'intuition ? Les trois domaines sont liés les uns aux autres et ils sont les parties d'un tout. Ils se font mutuellement médiation. À bien des égards, la liberté est la médiatrice entre la reconnaissance des besoins des autres et ceux de nos accords. Nous sommes toujours libres de renégocier un accord, mais nous ne sommes pas libres de faire ce que nous voulons, une fois qu'un accord a été conclu.  

 Espérons que ces pensées encourageront une conscience plus profonde d'une sorte de totalité en relation avec l'intuition, l'argent et le service, et éveilleront la prise de conscience qu'ils ne sont pas séparés. Alors que les principes changent dans chaque domaine, nous restons des êtres humains entiers et voulons amener le meilleur de nous-mêmes dans chacune de ces sphères. Nous créons constamment des accords, pas parce que l’un est plus spirituel que l’autre, mais parce que nous avons été créés égaux en tant qu'êtres humains et que nous sommes dans le monde du service. La vraie tâche est de comprendre les besoins du monde qui sont réellement nécessaires et comment notre service peut répondre à ces besoins. Donc, en un certains sens, l'intuition est au service de l'argent, l'argent est au service du service et le service est au service de l'intuition : ils s'informent mutuellement et font partie d'un système intégral.

John Bloom est vice-président, Culture Organisationnelle chez RSF Social Finance (anciennement Rudolf Steiner Fondation), un organisme de services financiers qui offre des services d'investissement, de prêt et de prestation de services à ceux qui s'engagent à améliorer la société et l'environnement. Depuis 1984, RSF a réalisé plus de 450 millions de dollars en prêts, subventions et investissements. John a récemment été nommé secrétaire général de la Société anthroposophique en Amérique. ​

L’Écologie engagée: Une Pratique Intuitive


Rhonda Fabian

 J’ai récemment dressé une liste de quelques unes des bonnes idées émises par mes professeurs en un ensemble de sept principes et pratiques que j’ai appelé « l’Écologie engagée ». J’utilise le mot « Engagé » pour exprimer une Écologie qui dépasse les concepts intellectuels pour aller vers une transformation réelle et une pratique intense – des manières d’être, de penser, d’agir qui nous ressourcent ainsi que nos relations les plus fondamentales. La transformation, que je propose, est un processus intuitif.

 Une Écologie engagée est un ensemble de valeurs et d’instructions dérivées de la Nature qui peut nous guider de nouveau vers l’harmonie et rétablir notre relation fondamentale avec la Terre. J’explorerai les trois premiers principes - les plus simples ; les plus proches du corps.

 Nous commençons par le Principe 1 – La brillante conception de la Nature est partout.

 Nous, nous sommes évidemment la nature. Nous n’avons qu’à regarder profondément notre propre main, avec nos propres yeux, pour déduire que nous sommes une merveille de la nature, un rassemblement de conditions et d’énergies qui a rendu possible le fait « d’avoir une main» et « d’avoir des yeux ». Si on regarde de manière suffisamment profonde, on verra le soleil, les fleurs, les aliments dans le sol qui nourrissent notre existence même, jusqu’à l’instant présent. Depuis des milliards d’années, la Terre fait durer la vie - et continuera à le faire, avec ou sans nous. Au moment même où nous nous levons avec le jour et nous nous couchons le soir – il en est de même pour la naissance et la chute des nations et des empires – des galaxies entières et d’innombrables mondes se manifestent et disparaissent de la vue. Cette idée ne devrait pas nous donner l’impression d’être insignifiants, mais plutôt d’être spéciaux de manière miraculeuse. Nous sommes présents – absolument précieux et uniques – dans le ici et maintenant – une note gracieuse dans la symphonie de la réalité.

 Notre Pratique est alors de cultiver la prise de conscience de notre existence fondamentale – notre véritable Nature. Et pour se faire, nous devons d’abord nous arrêter. Cesser de courir et d’aller à la chasse, cesser de faire des projets et même arrêter d’intellectualiser. La prise de conscience ne peut pas se produire sans que l’on ne s’arrête. Dans ma pratique, s’arrêter commence toujours par revenir à la respiration. Notre souffle est le don précieux de la Vie – avec nous depuis le moment de la naissance jusqu’au dernier souffle de la mort. Apporter notre prise de conscience à notre propre respiration calme pendant que nous sommes assis sans dispersion, même pendant quelques exercices de respiration tous les jours, est une manière sûre de revenir au logis de notre soi véritable.

 Plusieurs d’entre vous ont une pratique de méditation, j’en suis sûre. Je vous encourage à y ajouter la méditation du souffle, si cela ne fait pas partie de votre vie quotidienne.  

 Comme l’avait dit le philosophe Sri Aurobindo, «Ce qui est…indispensable pour l’appréciation de la vérité la plus profonde de la beauté c’est l’éveil d’une certaine vision, une idée et une réponse intuitive dans l’âme.» Le fait de s’asseoir au soleil pendant quelques instants ou même de boire un verre d’eau peut procurer une immense joie lorsque l’on pratique de cette manière. C’est seulement en s’arrêtant et en devenant conscient des merveilles de la vie que l’on peut réellement s’éveiller – « voir avec l’âme » et « entendre avec le cœur » - l’essence de l’intuition.  

 Le second principe est que la Nature s’adapte et s’auto-régule – s’ajustant de manière continuelle aux conditions changeantes.  

 Tel un fleuve, nous aussi, nous devons être ouverts à l’apprentissage et au changement. Dans une étude de Kosmos que j’ai menée avec mon ami du Annenberg School, le Dr Jen Horner, nous avons vu émerger l’idée que le travail de groupe change et devient un travail d’improvisation. Qu’est-ce que cela signifie?

 Cela veut dire que nous construisons le chemin en cheminant. De la même manière que le ruisseau et la rive du ruisseau sont inséparablement un acte de co-création – nous, en tant que travailleurs en groupe, devenons plus intuitifs, et nous réajustons constamment vis-à-vis des obstacles et des conditions nouvelles. L’improvisation et l’intuition sont étroitement liées. Chacune d’elles est une conversation. Pour que quelque chose se produise, on doit écouter. Pour que l’improvisation soit belle, la maîtrise de soi et le sang-froid sont indispensables – pensez au musicien de jazz virtuose et au danseur de ballet. Ils doivent être bons dans ce qu’ils font. Ensuite, c’est la prise de conscience des interprètes plus proches de nous et la manière dont nous manifestons de l’énergie ensemble en temps réel. Et en dernier lieu, il doit y avoir un sens de l’intuition chez tous les membres de l’ensemble – le plus grand but – vers lequel nous nous dirigeons.

 En nous entraînant à ce niveau d’ouverture et de flexibilité dans nos visions, nous bénéficions de la sagesse et de la créativité des autres, en étant particulièrement attentifs aux voix des personnes marginalisées, des indigènes, des timides et des introvertis.

 Alors, on a probablement des visions fortes sur ce que l’on pense que les autres devraient faire, pourtant une plus grande perception et beauté est révélée par la pratique de l’écoute profonde, la maîtrise de soi, et en coulant comme le fait une rivière. Plusieurs organisations et groupes échouent parce que des membres n’ont pas fait le travail intérieur pour maîtriser leur ego et leurs émotions fortes. Ils ont l’impression qu’ils ont tous les faits. Le fait d’accumuler les faits n’est pas de la sagesse. Ce que nous pensons savoir est sujet au changement et personne n’a toutes les réponses.

 Principe 3 – La Nature exprime un potentiel inné.

 La pratique – Développer l’empathie pour toutes les formes de vie.

 Toutes les choses vivantes sont engagées dans le processus de déploiement de leur potentiel inné. Nous faisons le vœu de reconnaître et d’encourager le potentiel de tous les êtres, depuis les plus petites formes de vie jusqu’aux personnes, aux écosystèmes et à la Terre en tant que Tout. Nous ne soutiendrons pas les actes qui tuent ou détruisent la vie, dans notre façon de penser ou bien dans nos actions et notre mode de vie. Nous observerons l’impact que nous avons sur les animaux et ferons un effort pour réduire leurs souffrances. L’élevage industriel, l’expérimentation sur les animaux et l’utilisation des animaux pour le divertissement public et la chasse des espèces menacés d’animaux provoquent tous beaucoup de souffrance.

 Toute vie a une valeur en elle-même, et cette valeur n’est pas dépendante de l’utilité aux humains. Nous devons travailler pour changer notre point de vue que les humains sont supérieurs à d’autres formes de vie sur Terre et protéger la diversité.  

 On peut pratiquer en regardant en profondeur les aliments, les vêtements et d’autres produits que l’on consomme et choisir de ne pas les acheter ou les utiliser s’ils contiennent de la souffrance non-nécessaire de personne ou d’animal. On peut choisir des marchandises locales et du « fait-main », le commerce équitable et les produits conscients qui protègent les humains ; et simplement vivre avec moins.  

 Une fois de plus, l’intuition joue un rôle fort dans les choix que nous faisons. Disons que j’essaie d’économiser l’eau en prenant une douche plus brève. Mais l’utilisation de l’eau dans les habitations est littéralement une goutte d’eau dans un sceau en comparaison aux pratiques de gaspillage de l’industrie et de l’agriculture. Il y a beaucoup de pratiques ‘écolo’ qu’on nous demande d’adopter qui sont trompeuses … punitives. C’est de notre faute si nous manquons d’eau.

 Ceci est une sorte de mauvais usage de l’ensemble du système de la soit disant Économie Écologiste ou Économie Verte. On ne doit pas confondre les actions de sacrifice personnel et le militantisme politique organisé. Les gens meurent parce que l’eau est volée, détournée souillée et « commodifiée ». Si l’on a suivi l’action dans la réserve Sioux de « Standing Rock », on sait que, pour le moment, nos frères et nos sœurs sont en train d’endurer des épreuves pour protéger l’eau.

 Et le fait pénible est que même si on allait tous à vélo pour se rendre au travail et si on utilisait des réchauds à bois, cela aurait un impact négligeable sur le réchauffement planétaire et la pollution.

 Aussi, pourquoi prenons-nous la peine de changer nos habitudes de consommation? Pourquoi je prends une petite douche? Intuitivement on connaît la réponse. On le fait comme un acte de solidarité avec ceux qui en ont moins, et comme un acte de respect pour la Planète. Par amour pour notre Planète.

 David Whyte dit: « Les êtres humains ont une capacité intuitive et la connaissance que quelque part au cœur de la vie réside quelque chose de vrai et bon de manière indicible et inaltérable. »

 C’est l’esprit de la Bonne Volonté – si on l’écoute, qui nous guide, comme la lune à travers l’obscurité. Il nous guide à travailler étroitement avec les autres, et à chercher continuellement les manières de protéger les vies des gens, des plantes et des animaux, des minéraux, des écosystèmes et des bassins hydrographiques – même si cela signifie un risque pour nous-mêmes.


Rhonda Fabian, une rédactrice en cheffe numérique du Journal Kosmos, est écrivaine, cinéaste et PDG et co-fondatrice de la Société de presse dans l’éducation, Fabian Baber Communications. Rhonda a été ordonnée selon la tradition monastique du Maître Zen Tich Nhat Hanh. 

Favoriser l’Humanité Une  


Domen Kočevar

 L’Humanité est une famille de 7 milliards d’êtres humains. Sept milliards de personnes, chacune d’entre elles étant à la recherche du bonheur comme principale motivation dans la vie. Tout le monde veut tout simplement être heureux. Les problèmes surviennent quand il s’agit d’avoir ou de ne pas avoir ce que nous voulons ou lorsque mon sentiment de bonheur exclut ton sentiment de bonheur. Ces problèmes apportent de la souffrance et d’autres versions de sentiments non désirés.

 Les courts yoga sutras de Patanjali, un trésor de la philosophie hindoue, ont synthétisés ceci dans une version des 5 Kleshas, ou les obstacles aux expériences de l’union. «Le manque de prise de conscience de la Réalité, le sens de l’égoïsme ou du ‘moi’, les attractions et les répulsions des choses et le désir ardent de la vie constituent les grandes souffrances ou les causes de toutes les misères de la vie.» Si nous savions la vraie nature de notre existence, si nous savions qui nous sommes réellement, tous nos problèmes auraient disparus.

 La conscience s’identifie à la matière avec laquelle elle est reliée. Elle descend dans la matière, sur une voie d’involution jusqu’à l’étape décisive. L’ascension évolutive vers l’âme et plus tard vers l’Esprit, si nous utilisons ces termes, est le chemin de la libération des obstacles à l’union si bien que l’emprise d’avidya (l’ignorance) devient de moins en moins forte. Il en résulte que notre identification change. L’identification devient plus subtile et plus difficile à repérer et à voir.  

 L’histoire de la descente et de l’ascension de l’homme a été tant de fois décrite par tant de mots à travers l’Histoire qu’elle est en grande partie claire à présent dans l’esprit de ceux qui suivent l’enseignement du Chemin. Beaucoup de gens en savent tellement. Et des prises de conscience plus profondes sont en train de se produire là où la connaissance est transformée en savoir et en action ferme.

 Tellement de gens parlent d’une humanité, de l’unicité, la relation entre tous. Au cours de l’année passée, quand j’ai sérieusement commencé à envisager de préparer un doctorat sur ce sujet, j’ai vu le très grand nombre de personnes toucher le même cœur de l’humanité. La science révèle tant d’exemples concrets de recherche qui montrent le fait inévitable que nous sommes un.

 Je pense que l’humanité n’est pas si loin d’un saut collectif vers le niveau de la vie de base des qualités de l’âme. Les sutras de Patanjali exposent les étapes dont on a besoin pour surmonter les obstacles ou KLESHAS s’opposant à notre conscience de l’union, et des individus ont franchi ces étapes dans le passé et le font toujours. Mais actuellement le domaine collectif est tellement chargé qu’il commencera bientôt à déborder et à nous surprendre là où c’est inattendu.  

 La voie vers une famille humaine vivant consciemment dans la compassion et l’attention se synchronise de plus en plus à la réalité de l’Amour Un, l’Esprit Un, et la Volonté Une. Mon observation du monde est que de nombreux individus sont sur le point d’être suffisamment en phase pour ne plus pouvoir faire du mal aux uns et aux autres et même pour commencer activement à se soucier et à s’aider les uns, les autres. C’est comme une tasse remplie d’eau que chaque nouvelle goutte fait déborder. Une fois qu’elle commence à couler, ce sera un processus irréversible. Notre connaissance intérieure de la similarité, du partage des mêmes rêves, peurs et souffrances est tellement forte. Il est facile aussi de voir que le contraire se produit aussi, qu’il existe un courant sous-jacent qui essaie d’arrêter le bond en avant. Mais je crois que les extrêmes que nous constatons dans le monde annoncent la force du courant du mouvement du Bien, de la BONNE VOLONTÉ de Tous.  

 Ensemble avec des amis, Nina Meyerhof et moi nous travaillons sur un projet à Auschwitz. C’est l’expression concentrée et terrifiante du mal dans l’histoire. Le projet est focalisé sur la manière de partir de ce point vers un avenir où rien de tel ne sera possible. Nous savons qu’aujourd’hui des choses similaires à Auschwitz se produisent dans le monde. Comment aller au-delà de la possibilité d’être capable de se faire quelque chose d’aussi mal à nous même? Ce n’est pas important de savoir qui est l’oppresseur et qui sont les victimes. Pour moi, c’est toujours une simple question COMMENT DE TELS ACTES HORRIBLES PEUVENT ÊTRE POSSIBLES ? Cela devrait provoquer des vibrations chez chacun de nous et nous pousser à des actions que nous savons être justes pour chacun de nous. Il est osé de dire que peu importe qui sont les méchants et qui sont les victimes. Pouvez-vous imaginer quelle capacité de pardonner on a besoin pour regarder quelque chose comme Auschwitz si on est du côté des victimes ? Il en est de même si on est du côté des méchants qui se rendent comptent du résultat de leurs actions. Le sentiment de culpabilité détruit beaucoup de gens.  

 Au moment où je vois la violence en cours dans le monde aujourd’hui, j’essaie parfois de m’identifier à l’homme dans le char blindé qui tire sur d’autres êtres humains? Comment peut-il faire cela? (oui, c’est surtout « il »). Je comprends le processus du commandement, la haine émerge de la douleur, le processus de défense est de saisir sa chance … Je vois facilement comment ceci est possible quand la nature humaine est déconnectée de l’ensemble. 

 Mais je vois aussi le simple changement qui peut arriver quand quelqu’un s’identifie à l’Autre et se voit dans l’autre. Il voit la mère de l’autre et il se voit. Il voit les enfants de l’autre et il voit les siens. En voyant le sourire le plus naturel d’une femme, il aime et pense à la tristesse de ne pas rentrer à la maison. De telles petites connections peuvent infiltrer la conscience de connaissance du tout. Et le «champ» se remplit vraiment de renseignements sur notre interconnexion. A partir des données entièrement scientifiques jusqu’à la connaissance complètement pratique de l’Unicité et de l’Identification de tous. L’extérieur s’approche de l’intérieur et l’intérieur essaie d’émerger encore plus difficilement. Les points de contact se produisent chez les êtres humains dans le monde entier.

 Toucher le cœur de l’Humanité Une c’est savoir l’importance de chaque couleur dans le monde. Il s’agit de savoir que chaque âme est différente mais en sachant l’Unicité de tous. C’est reconnaître l’importance de chacun, chacun avec ses dons et message. Le changement général arrive lorsque la base du point de vue change – tout s’adapte à cela. J’ai la conviction que l’Humanité Une, la fraternité entre tous et la solidarité entre toutes les femmes est plus proche qu’on ne peut l’imaginer. La coupe de la connaissance se remplit rapidement des faits de la Vie Unique et les gens réagiront en conséquence.

Domen Kočevar est lecteur d’université, écrivain et représentant de la bibliothèque théosophique d’Alma M.Karlin, à Celje en Slovénie.

1. I. K. Taimni, The Science of Yoga: The Yoga Sutras of Patanjali, Section II, Sutra 3, p. 130

Comment enseigner de l'intuition à l'intellect : défi actuel pour les enseignants du futur


Aïsha Guennoun

 Alice Bailey a écrit que : « la nature et la vraie signification de la méditation et l'extension de son emploi en Occident … pourra, avec le temps, supplanter les méthodes actuelles de développement de la mémoire et se révéler un facteur puissant de l'éducation moderne ». Comment l’intuition peut-elle constituer un outil d’enseignement dans les écoles d’aujourd’hui pour tendre vers un enseignement plus axé sur son développement dans les écoles de demain ? L’idée est d’éduquer l’intellect afin que celui-ci soit plus réceptif à l’intuition.

Les termes de notre sujet : 

 L’intellect est le mental concret qui recueille, collecte puis analyse les connaissances afin de les mettre en application dans un domaine donné : apprendre à compter ou le calcul mental pour faire des achats, afin de respecter son budget. Puis, plus on avance dans les études, plus on affine l’utilisation de l’intellect pour des sujets de réflexion donnés. On touche la frontière du mental abstrait, domaines des idées universelles, lorsqu’on utilise cet intellect pour des réflexions sur des aspects globaux ou des notions abstraites, comme en philosophie. Cependant, l’intellect fortement cultivé dans nos sociétés sclérose l’intuition en action.

 Dans La philosophie de A à Z, il est indiqué que « Toute intuition a un caractère de découverte (…) d’un objet du monde, d’une nouvelle idée ». On évoque « la nature « divinatrice » de l’intuition. »[1] . Elle se rapproche de l’écoute du cœur. Comme le fait de valider une « vérité » qui résonne et s’harmonise avec notre être intérieur afin de la vivre pleinement. Elle fait le lien entre notre monde « réel » intérieur et le monde terrestre, notre environnement quotidien, permettant le passage du monde invisible au monde visible.

Pourquoi « éduquer à l’intuition » ?

 L’apprenant est plus responsif au monde du savoir quand il apprend avec son cœur ou par (le) cœur. Pour sensibiliser et éveiller l'intuition chez les jeunes et adultes, la visualisation créatrice en groupe est un outil pédagogique qui peut favoriser l’éveil de l’intuition. L’enseignant n’est plus seulement celui qui enseigne un savoir à ses élèves, mais il mène aussi à bien un projet pédagogique en collaboration avec ses élèves. Ceux-ci se responsabilisent alors au sein d’un groupe-classe. Visualiser, imaginer de façon créatrice, c’est, pour des élèves, créer de la substance mentale nouvelle dans le monde d'aujourd'hui pour construire ensemble le monde de demain.

 Eduquer au « moi = Nous » contribue à créer une ambiance de créativité du groupe-classe : les apprenants se sentent syntonisés lors des séances de cours, comme sur une même longueur d’ondes. Selon le dictionnaire Le Grand Robert, la syntonie est un processus physique : « Égalité de fréquence des oscillations libres (de deux ou plusieurs circuits); état de systèmes susceptibles d'émettre et de recevoir des ondes radioélectriques de même fréquence. Circuits en syntonie, accordés sur la même longueur d'ondes. ». Ce qui se produit d’un point de vue éthérique dans un groupe-classe travaillant en syntonie sur un même sujet. Les différences ne doivent plus être considérées comme des divergences, mais comme un enrichissement du groupe-classe. Dans les écoles nouvelles d’aujourd’hui, on enseigne le travail, la coopération, la collaboration de groupe. Plusieurs courants de pédagogie alternative[2] établissent ce mode «d’apprendre ensemble» et de façon créatrice. La pédagogie Steiner favorise et met en place le jeu créatif : comme des jeux avec « des matériaux peu structurés afin de développer l’imagination »[3]. La pédagogie Montessori utilise pour les enfants un matériel plus sophistiqué afin de respecter le rythme d’éveil et d’apprentissage de chacun.

Education à l’intuition, au présent

 Le terme spirituel dans le monde de l’enseignement aux jeunes, n’implique pas une éducation mystique, mais cette éducation à la non séparativité (d’où les travaux de groupe), les valeurs universelles que l’on retrouve en éducation civique ou à la citoyenneté dans le programme de l’Education nationale en France, par exemple, ainsi que l’éveil de la créativité essentielle (l’intérieur s’exprime vers l’extérieur) sans imposer des cadres rigides d’expression artistique, mais une liberté de création via une technique artistique renouvelée et répétée afin que les apprenants puissent parfaire leur expression individuelle. Ce que cherche à exprimer l’enfant est plus important qu’une reproduction technique parfaite.

L’exemple finlandais

Mais l'intuition, c'est aussi l'art de construire des ponts entre présent et avenir. Le film Demain de Mélanie Laurent reprend des solutions existantes et vivantes en action dans le monde. L'école des 6 à 16 ans, en Finlande, est l'exemple d'une synthèse de la pédagogie traditionnelle, celle de Steiner, de Montessori et d’une adaptation aux besoins de jeunes, afin de répondre aux besoins du monde d'aujourd'hui et construire un monde meilleur pour demain. On enseigne le manuel, l'intellectuel et les enfants suivent leur voie de prédilection.

Groupes d’Ages

Dans l'Education dans le nouvel âge (Alice A. Bailey, p. 9), nous voyons que les enfants selon leur âge sont polarisés sur tel ou tel corps : Lors des « dix premières années », on enseigne aux enfants « comment utiliser intelligemment l'information que leur cerveau reçoit par les cinq sens. » Il s’agit d’apprendre à l'enfant (…) « à répondre aux impulsions créatrices, tendant à produire ce qu'il voit et entend. » Ainsi, il se sensibilise aux arts et métiers « du dessin et de la musique. » Puis, après onze ans, le mental devient dominant chez l’enfant. Ensuite, l’adolescent apprend à « raisonner ses impulsions émotionnelles, et ses désirs impulsifs, à discerner entre le bien et le mal » en histoire et en éducation citoyenne, par exemple. Il aiguise ainsi son sens des valeurs. Alice Bailey suggère d’ajouter au programme, vers « dix-sept ans (…) l'étude de la psychologie » et de « la nature de l'âme ». La méditation - « par la méthode de la pensée profonde » sur n'importe quel sujet, les mathématiques, les sciences et vie de la terre, etc. - pourrait alors être enseignée, à partir de dix-huit ans, car elle permet de « se centrer et percevoir l'intuition »[5].

Art et intuition

 Selon Steiner, le rythme scolaire est un enjeu de l’éducation pour l’épanouissement des jeunes apprenants. Il faut éviter la fatigue en donnant une forme artistique à l'enseignement. Il s’agit du sens artistique où « Entre le Je et le corps physique se trouvent le corps astral et le corps éthérique. » On le développe chez l’enfant en donnant à celui-ci le sens du beau pour qu’il puisse « ressentir, vivre la beauté. ». Car « c’est à l’âge scolaire, qu’en ce domaine, il est le plus réceptif. »[6] D’après Marie-Laure Viaud, dans le domaine de la création artistique, l’homme apprend à donner à la matière une forme telle qu’une réalité spirituelle puisse s’y révéler. Le jeune apprenant doit d’abord être capable de vivre cette réalité intérieurement, afin de pouvoir l’exprimer artistiquement. La création artistique ne peut se faire sans un « approfondissement de la vie intérieure »[7]. D’ailleurs, selon Paul Klee, l’art rend visible l’invisible[8].

L’éducation à l’intuition constitue aussi un art, en soi. Dans le domaine de l’intuition, l’élève doit être amené à utiliser son imagination créatrice : « la source de l’art est l’imagination créatrice qui saisit le spirituel et l’amène du monde visible au monde invisible4 ». Dans les écoles, on développe l’apprentissage des savoirs, mais on laisse trop souvent de côté l’art ou l’imagination créatrice. Or, cela peut ralentir, voire scléroser le développement et l’expression, pourtant innée, de l’intuition.

Âme et intuition

 Au 21ème siècle, éveillés à la « virtualisation » de l’image, les jeunes sont plus en synchronie (« En résumé, si l'on parle de loi en synchronie c'est dans le sens d'arrangement, de principe de régularité (Sauss.1916, p. 131) » http://www.cnrtl.fr/lexicographie/synchronie) avec la capacité à visualiser. Ce sont des générations qui grandissent, généralement, devant des écrans de télévision ou d’ordinateur, notamment en Occident. A l’adolescence, le jeune fonctionne avec ce modèle de représentation mentale et virtuelle du monde. L’enseignant ou éducateur, doit éveiller l’intuition en reconnectant l’enfant à ses images intérieures plus qu’aux images extérieurs issues des écrans.

Volonté créatrice et Intuition : un effort de Bonne Volonté

 Pour l’adolescent bercé, voire nourri d’images télévisuelles et numériques, imaginer « de ses propres ailes » peut constituer un effort de volonté. De plus, un « enseignement qui vise essentiellement à délivrer des connaissances étouffe, du fait du caractère impersonnel des représentations qu’il véhicule, les autres domaines de la vie de l’âme. Par la volonté, l’âme est active à partir d’elle-même.»[10].

 Welleck définit ce phénomène de volonté par « l’intention »[11], ou direction de la pensée. C’est pourquoi la volonté ne procède pas de son rapport au monde. Elle est créatrice dans le sens où « elle produit constamment elle-même son action ». Lorsque l’on réalise un acte volontaire de représentation, nous faisons un effort d’attention pour imaginer des formes de substance mentale avec autant de précision que possible, pour les stabiliser afin qu’elles ne deviennent pas fugitives : « les images mentales au lieu de s’associer de façon incontrôlées, peuvent être conduites et dirigées volontairement »[12].

Aïsha Guennoun est enseignante en France et collaboratrice de Bonne Volonté Mondiale et de Lucis Trust au centre de Genève.

1. La philosophie de A à Z, Hatier, see “intuition”.
2. Montessori, Freinet, Steiner, une école différente pour mon enfant? by Maire-Laure Viaud, ed. Nathan, Paris 2008
3. ibid.
4. Education in the New Age, Alice A. Bailey, p. 9
5. ibid.
6. In Bases de la pédagogie, éd. Anthroposophiques Romandes, 1988; (p.351)
7. ibid.
8. Montessori, Freinet, Steiner, p.252
9. ibid., p.30
10. L’enfant endevenir, Ernst-Michael Kranich, ed. Triades, 2000, Belgium, p. 33
11. Die Polaritätim Aufbau des Charakters, Berne 1950, work cited in L’enfant endevenir, p. 33
12. ibid., p.34

L’Éducation de l’Âme pour le Changement Social


Nina Meyerhof

 Si nous devons changer nos comportements pour prendre conscience de notre similitude et de notre connectivité, alors notre système d’éducation doit aussi être modifié. Nos systèmes ont besoin de refléter la compréhension la plus profonde de ce que signifie être humain et de vivre à une époque où l’essence d’une société mondiale est véritablement l’inter-connexion de toutes les intentions et les actes. Le besoin d’une éducation morale et le potentiel croissant de la voix renforcée des individus est un processus d’évolution. Considérer ceci de manière plus profonde consiste à savoir que le prochain modèle d’éducation approprié est d’éduquer pour tirer avantage d’un état de conscience plus élevé et traduire l’expérience en actions sociétales pour l’harmonie extérieure de la planète. Nous devons diriger avec nos cœurs, utiliser nos esprits pour favoriser nos compréhensions de la manière dont l’univers fonctionne, et ensuite apprendre à nous comporter comme une seule famille de la race humaine.  

 Nos écoles actuelles sont soumises à des règles et des règlements institutionnels. Elles ont tendance à tenir un point de vue mécaniste et à maintenir le statu quo. Le centre d’intérêt se trouve dans les informations téléchargeables. Elles deviennent lentement conscientes de la nécessité de modifier leur but mais sont réticentes à l’égard du changement, et sont contraintes de produire des étudiants qui réussissent dans le monde du matérialisme que nous avons développé. Ainsi, la focalisation dans le succès est définie par le succès financier et la poursuite de la compétition entre les individus.

 Dans l’éducation de l’âme il y a un laissez aller de ces modèles de succès accompagné d’une compréhension croissante et de l’acceptation du besoin pour la réalisation du soi. Dans ce modèle, donner et recevoir sont absolument indispensables. L’Âme devient l’expression, sachant que l’on révèle et l’on offre un but personnalisé.

 Notre Conscience Supérieure nous appelle pour nous rappeler le véritable but de la vie. Notre Conscience Supérieure ne veut plus fonctionner uniquement à un niveau personnel. Notre Conscience Supérieure nous appelle à une plus grande compréhension. On nous demande de trouver l’appréciation profonde de la diversité et, pourtant, en réalisant et en intégrant le fait que la somme de toutes les parties forme un plus grand tout. Nous sommes la famille humaine. Nous sommes l’Humanité Une. Nos vies doivent inclure la justice et la durabilité.

 Le Service mondial est la manifestation extérieure de la réalisation intérieure que nous sommes tous Un. Au moment où je rencontre l’autre, je rencontre le soi. Au moment où je rencontre le soi, j’ai la générosité envers l’autre. Si je ne me sens pas épuisé et ne crains pas de ne pas posséder, je donne et je reçois et je suis en équilibre avec l’appel de la Nature. Avec ceci nous devenons de manière collective les bâtisseurs de la nouvelle culture… la Culture de la Paix.

 Pendant la décennie 2000-2010 la Décennie de la Culture de la Paix et de la Non violence, un Manifeste a été écrit et soutenu par tous les lauréats de Prix Nobel et de l’UNESCO, et approuvé par une résolution des Nations Unies. Les principes sont : Respecter toutes les Vies, Rejeter la Violence, Partager avec les Autres, Préserver la Planète et Redécouvrir la Solidarité. Ceux-ci ne sont que des mots et à présent chacun de nous doit traduire ces mots en action.  

Les éducateurs se rendent compte que l'éducation doit construire la culture qui unifie l'humanité. Il n'est plus réaliste d'imiter ce qui nous a été présenté. Nous devons sortir et collectivement construire un système unitif comme une famille humaine en fonction des compréhensions consacrées dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

 Nous, en tant qu’éducateurs, nous devons apprendre à atteindre la conscience de l’étudiant - à toucher le cœur profond même qui existe entre la douleur et le plaisir et qui est un état «d’être soi». Ce cœur n’a pas besoin de développer l’estime de soi – ni besoin de plus d’informations sur les règles concernant la manière de vivre sur le plan éthique. Il sait à l’intérieur de lui-même que la vie est sacrée. Il connaît son soi comme étant entier et dans sa forme complète. Ce soi évolué que l’on appelle souvent l’Âme, aime et partage et ose vivre une vie de sens avec le service à autrui.

 L’Éducation de l’Âme consiste à la recherche de l’esprit à l’intérieur du soi pour améliorer tout apprentissage. Cette quête de conscience favorise la connaissance intuitive et la conscience de soi. Le sens de se sentir comme un tout et entier permet à chaque individu de s’intégrer alors aux autres. Le processus de la sagesse personnelle insufflée qui atteint la conscience historique s’associe à notre compréhension de l’apprentissage pour le sens.  

 L’Éducation de l’Âme est un processus de recherche de l’âme – regardant à l’intérieur pour aller vers l’extérieur – où typiquement aucune compétition n’existe et l’autre a autant de valeur que le soi. L’individu sent l’importance de tout ce qui se rapporte à la vie. L’éthique et les valeurs qui émergent sont des lois universelles de la vie. Ces universaux sont des exigences dans toutes les cultures et nous montrent que nous sommes une famille humaine.

 Ces lois universelles nous disent que toutes les choses qui existent sont vivantes et ont une âme. L’Âme est la conscience qui est à notre disposition. Tout ce qui concerne la vie est ainsi interconnecté. Chaque action que nous entreprenons a des répercussions infinies dans cette toile de la vie. La conscience est consciente de cette loi de l’Un. L’amour est l’interconnexion de tout ce qu’il y a tandis que la peur est une séparativité humaine que l’on apprend. L’amour est la Loi. L’âme relie. Éduquer c’est mettre ceci en avant.

 La morale qui consiste à vivre en tant qu’être humain aimant et juste et qui a de la compassion est le résultat intrinsèque de cette quête intérieure. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fait la liste de ces principes moraux pour toute l’Humanité. La Déclaration de Fuji va plus loin en tant signataires : Affirmer la Lumière de la Conscience; S’engager pour la Paix et Vivre et Agir au nom de Tous; S’efforcer de libérer l’Esprit Humain, et Faire Avancer une Civilisation Humaine Harmonieuse.  

 L’Éducation de l’Âme pour cette Nouvelle Ère de Paix qui émerge nécessite de nombreuses techniques utiles, y compris : les procédés de visualisation pour demander à son propre soi « qui suis-je ? » ; et enseigner dans des rassemblements multiples qui vont au-delà des traditionnelles barrières de l’âge et reconnaître que l’âge n’est qu’une construction préconçue du développement intellectuel. …qu’une âme ne connaît pas d’âge.

 Il y a alors le concept de l’apprentissage altruiste qui implique qu’apprendre à rendre un autre heureux c’est servir réellement ses propres besoins. Il y a l’Apprentissage Réflexif qui demande à l’apprenant de poser au «soi» les questions plutôt que de reformuler ce que l’enseignant a dit. Dans ce mode, l’enseignant est le facilitateur plutôt que l’instructeur. L’apprentissage expérimental devient très important au fur et à mesure que l’apprenant expérimente et analyse et incorpore le sens pour construire le «soi» et réfléchir sur le Soi au niveau du Soi. En outre, il est important de penser en termes d’Apprentissage de Systèmes, qui signifie ne pas tellement se focaliser sur les détails mais plutôt voir le tout et comprendre comment les choses fonctionnent. Actuellement nous enseignons tellement de faits isolés que l’esprit doit s’y attacher sans que les faits n’aient de vraie pertinence personnelle. Mais si nous pensons de la même façon que la vie fonctionne réellement, dans le tout, alors nous commençons à voir les parties comme une partie d’un tout et un système de développement. Les Êtres Humains développent donc un sens de la plus grande histoire de la vie. Finalement, l’Apprentissage Interpersonnel est une méthodologie qui demande à l’individu de se transformer et d’aller au-delà de ce qu’est le moment de la pensée actuelle et de pénétrer le potentiel d’apprentissage: pour Transcender l’Apprentissage qui englobe le tout vu d’un peu plus haut.

Dr Nina Meyerhof est Présidente et Fondatrice de «Children of the Earth », une offre de programmes sans buts lucratifs à travers le monde, qui inspire et unit les jeunes par la transformation sociale et personnelle pour contribuer à la création d’un monde pacifique et durable. 

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