Lucis Trust / Activités de Se... / Bonne Volonté M... / Bulletin / Derniers numéros / 2012 #2 - Le Cô... / Le côté spirituel de l'austérité  

Le côté spirituel de l'austérité

Le Côté Spirituel de l'Austérité

La meilleure joie émane de l'austérité. Série Agni Yoga

L'histoire montre que les temps austères peuvent parvenir à transformer les gens et les nations. Sparte, par exemple, ville-État de la Grèce antique est devenue célèbre grâce à l'excellence militaire de ses citoyens habitués qu'ils étaient à vivre d'une façon austère. Partant du nom de Sparte, le mot « spartiate » est encore utilisé de nos jours, pour évoquer frugalité et abnégation. Ironiquement, c'est la Grèce d'aujourd'hui, connaissant les difficultés économiques les plus graves, qui est soumise à « des plans d'austérité », comme le sont aussi, d'autres nombreux pays criblés de dettes.

Cette rigueur économique met en difficulté un si grand nombre de gens, que peu d'entre eux, probablement, ne voient sous un jour positif, le mot « austérité », l'associant surtout à la morosité économique, la perte de leur niveau de vie, tout cela étant sans aucune perspective de rattrapage. Mais il existe une autre austérité qui, volontairement mise en œuvre, serait d'une aide précieuse si l'on poursuivait un but spirituel. Bien sûr, ce ne pourrait être qu'une piètre consolation pour ceux qui sont maintenant privés d'un gagne-pain décent, mais la différence importante est que l'austérité spirituelle se met en œuvre à partir d'un libre choix - et pas du tout, sous l'effet d'une contrainte indésirable. Sans qu'il soit question de prêcher la voie de l'ascétisme ou la pratique du raja yoga pour tous ceux qui souffrent de la crise économique mondiale, il serait toutefois, intéressant de réfléchir à une pratique spirituelle de l'austérité, pour voir s'il ne serait pas possible, pour ceux qui en pâtissent, d'en tirer un possible progrès spirituel.

En sanskrit, « La pratique de l'austérité » est appelé « Tapasya», et à travers cette pratique, le yogi travaille à libérer son esprit des désirs mondains, à dégager un espace intérieur où les forces accumulées depuis des siècles qui le maintenaient entravé dans le monde physique, seraient « brûlées », permettant à sa conscience, de s'élever, libérée vers un but envisagé comme spirituel. Tapasya signifie littéralement brûler ou chauffer, pour, au stade de l'affirmation spirituelle, prendre la signification de « point de feu sacrificiel porté au centre de l'ardente volonté de Dieu ». Bien que le chemin du yogi puisse-être trop extrême pour la plupart des gens, un certain contrôle ou de contrainte des sens matériels et des appétits, est essentiel pour fournir l'espace intérieur nécessaire pour l'exploration de notre véritable identité. Les retraites spirituelles deviennent toujours plus des formes populaires de développement de Tapasya, impliquant souvent dans le cadre de la règle, le silence et le jeûne. Pratiquer l'austérité implique un choix conscient pour résister à une privation, sans plainte, attachement ou aversion. L'état d'esprit est primordial, au moment de la décision d'entreprendre cette observance.

Tandis que l'ainsi nommé, monde occidental, entrait dans une période d'austérité, au moins financièrement, des pays en vérité nombreux, en particulier ceux en développement et à faibles revenus, ont, pendant des années, vécu dans des conditions bien pires de pauvreté et de privation. La prise de conscience doit enfin pointer sur le fait que l'instabilité financière et le « boom de récession » économique perdurent toujours dans le monde, aussi longtemps que les nations prônent une structure économique « basée sur la cupidité », primant sur celle de l'organisation bienfaisante pour le bien de l'ensemble. Certains économistes pensaient que « le boom et la récession » avaient été éradiqués de l'économie moderne, alors que cette tendance reflète encore, le dualisme de la condition psychologique collective de l'humanité et que, comme à tous les autres dualismes - compris comme couple d'opposés, il n'est pas possible d'y échapper tant que le chemin spirituel qui les relie, ne soit parcouru.

En attendant que cette voie d'austérité spirituelle soit consciemment adoptée et joyeusement foulée, les paires d'opposés vont continuer à prodiguer leurs sévères mais justes leçons. Car le changement social et finalement, l'évolution, se fait à travers les calamités et les crises quand ce n'est pas par choix conscient. Il vaudrait donc mieux tirer les leçons de la dualité et choisir la voie du milieu, le plus tôt serait le mieux, pour que, la joie consciemment choisie, puisse accompagner l'action consistant à se libérer du fardeau des choses matérielles. Les mesures d'austérité actuelles ont donc un certain potentiel de positivité pour réduire les excès de la consommation et amener les gens à penser l'avenir, de manière plus créative. Il existe de nombreux exemples de personnes et de groupes ouvrant la voie qui va dans ce sens. Le Mouvement de la Simplicité Volontaire fondé par Duane Elgin, par exemple, appelle l'humanité à cesser de vivre en pilote automatique et à, délibérément, faire des choix de changement de vie. Ceci implique que nous nous libérions des activités non-essentielles qui envahissent la vie moderne, de sorte qu'il nous devienne possible de vivre en accord avec les plus importants de nos objectifs et de nos valeurs. Les priorités de notre culture consumériste et axée sur le travail, vont souvent à l'encontre de ce qui nous enrichit et nous inspire. Les « Simplificateurs », nous disent, que leurs vies sont souvent mises en valeur quand ils font des choix pour réduire leur consommation, et pour se tourner vers des activités possédant un effet positif sur les relations, la vie familiale, les services et l'environnement.

Il n'est pas utopique de dire qu'aujourd'hui, beaucoup de gens, à travers le monde, sont profondément attentifs au bien-être d'autrui, d'une manière qui ne s'était jamais produite avant. Pour répondre aux exigences que cette reconnaissance d'une nouvelle évolution de la vie dans « un monde unifié », implique, il est essentiel que des valeurs spirituelles et des qualités telles que l'équité, la compassion et la fraternité, cessent d'être des abstractions, pour devenir partie intégrante du tissu de la vie quotidienne. L'intérieur et l'extérieur, le monde subjectif et le monde objectif, doivent être reliés pour former un tout - relations humaines, systèmes économiques, sociaux et écologiques - de sorte que tout ce qui se manifeste dans le monde extérieur de la vie quotidienne, soit dirigé consciemment à partir d'une évaluation dans la Vie-Une subjective, de l'intégrité, de l'unicité de l'esprit humain et du partage.

À partir de là, il est possible de comprendre que la bienveillance et l'austérité spirituelle sont une seule et même chose. De la part des personnes les plus aisées dans le monde, qui possèdent éducation, carrières et talents, les actions bienveillantes sont de plus en plus courantes, comme en témoignent les nombreux actes généreux en dons et en services qui sèment ainsi, les graines de l'émergence d'une manière de vivre, plus disciplinée, plus désintéressée et plus accomplie. Pour certains de ces donateurs et philanthropes, de tels dons peuvent n'impliquer aucun sacrifice personnel, n'étant peut-être qu'un pourcentage du revenu qui n'affecte pas vraiment leur qualité de vie. Néanmoins, la tendance actuelle montre que les donneurs sont de plus nombreux à s'impliquer personnellement dans la distribution de leur argent ou de leurs compétences, leur permettant de découvrir ainsi, les premiers scintillements de la joie ardente qui caractérise le chemin de l'austérité véritable.

À mesure que cette attitude se renforce, dans une vie régie par l'énergie de bonne volonté et de compassion, la souffrance en termes de perte personnelle et de déni, se dissout automatiquement pour être remplacée par un engagement positif avec le monde et une identification avec l'âme du Tout. Le but à atteindre l'emporte sur toute autre chose, le raffinement et la simplification de la vie personnelle caractérise la conscience, conduisant à vivre pour le bien des autres et de tout ce qui vit sur la planète. La conscience d'une telle personne de bonne volonté est alors progressivement transformée dans le feu de Tapasya car ses pas se sont posés, même inconsciemment, sur le chemin du vrai yogi.