En envisageant la voie d’un conflit vers de justes relations, nous devons nous demander en premier lieu si nous voulons de justes relations. En fait, les justes relations signifient que nos privilèges seront réduits et qu’une attitude égoïste devra être laissée derrière nous. Elles exigent également que l’on abandonne peu à peu l’idée de profit. Il faut donc se demander : voulons-nous emprunter cette voie ? Considérant l’alternative et en tenant compte du bon sens, cela semble évident, mais prendre une position claire sur le sujet est primordial.
Les enseignements spirituels de la Sagesse suggèrent que le choix a déjà été fait pour nous ; nous vivons, nous mouvons et avons notre être dans le corps d’une Déité dont la loi de Compassion – exprimée en tant que justes relations, compréhension aimante ou amour activement démontré – dérive en partie intégrale de leur nature[1]. Néanmoins, la réflexion sur ce sujet du point de vue du désir est pertinente parce que nos émotions jouent un rôle important dans notre sortie du conflit et notre entrée en harmonie.
Dans le contexte de l’évolution de la conscience que nous sommes en tant qu’individus, groupes ou sous-groupes plus grands que nous appelons l’humanité, nous devons reconnaître que nous ne faisons pas toujours passer les justes relations avant nos propres intérêts – nous le savons par l’expérience de notre propre vie. Dans le monde d’aujourd’hui, l’éthique est contestée, sinon carrément bafouée, et en tant que civilisation nous pourrions orienter sans vergogne notre boussole vers des objectifs tangibles plutôt que subjectifs, ou éternels. Notre civilisation est assez matérialiste, la forme-pensée du monde est assez matérialiste, nos valeurs semblent souvent indexées sur le marché boursier. Notre civilisation est le résultat de l’évolution de l’état de conscience humaine et du développement de son instinct de survie, de ses appétits, de ses ambitions. Nous nous demandons qui dans un esprit sain se sacrifierait pour le bien de tous ? Qui mettrait l’Esprit en premier ? Peut-on même demander cela aux églises ? Dans ce climat, que doit-on attendre des individus, des gens de pouvoir ou des nations ? Nous n’avons jamais supprimé la cupidité et le séparatisme des racines de notre relation à la vie, alors comment pourrions-nous espérer nous sortir du conflit ?
Pourtant, comme Alice Bailey l’exprime de façon convaincante, les énergies de la vie de l’âme conditionnent progressivement tous nos interactions sur le plan physique. Il devrait donc être compréhensible que même les personnes aux motifs et intentions purs et principes élevés, puissent être poussées dans des activités antagonistes[2].
En réfléchissant à ces points de vue, le conflit devient une conséquence nécessaire de l’évolution. Une conséquence de l’élargissement de la conscience selon le modèle suivant : expansion, contact, conflit, friction et harmonie par le conflit, dans un état de conscience. Cette vue illustre l’épanouissement de la famille humaine une. Voici le tableau d’ensemble. Une image trop facilement oubliée quand nous nous permettons d’être hypnotisées par les conflits, et quand nous laissons notre identité se cristalliser sur les gains que nous cherchons à réaliser ou les pertes que nous cherchons à éviter.
Par conséquent, alors que le conflit est un fait indéniable de la vie et se déroule devant nos yeux même sur des plans subtils, nous devons nous former à élever notre regard au-dessus et au-delà, dans le monde de la signification. De là, avec la bonne orientation et une information correcte, nous pouvons utiliser le tissu du monde de la signification pour une compréhension sage et inspirée des conflits que nous vivons. Nous pouvons essayer de percevoir l’unité intérieure de toutes choses et son fonctionnement dans la diversité. Ce processus orientera et inspirera la conscience des petites vies dont nous-mêmes sommes composés. En d’autres termes, il informera et orientera les processus de notre imagination collective pour nous faire voir, sentir et toucher la promesse de justes relations.
De même, il nous aidera à précipiter l’idée de justes relations dans un idéal sympathique, et chercher à transmuter les qualités en nous-mêmes qui sont hostiles au processus de l’harmonisation par le conflit, en imaginant comment leur expression bienfaisante se sentirait et comment elles pourraient s’exprimer dans nos relations.
Il s’agit d’un objectif pratique, et c’est notre responsabilité. Bien que le conflit mondial puisse naitre de l’avidité et la puissance de quelques-uns et de leur leadership sur de nombreux peuples, le vrai pouvoir est entre les mains des masses qui se sont éduquées elles-mêmes. C’est l’esprit souillé par les désirs qui gouverne le monde et c’est le juste désir et la bonne perspective qui nous mèneront des ténèbres à la lumière, hors du mirage actuel, vers la lumière de la Réalité.
Nous soutenons que nous n’avons pas vraiment le choix de prendre la voie des justes relations, mais nous pouvons certainement ralentir le processus et en souffrir, ou accélérer nos progrès correctement. Cela nous appartient. C’est notre libre arbitre, notre bonne volonté. Enfin, comme les justes relations reposent sur la transmutation de la conscience du soi individuel dans la conscience de l’âme ou de l’Ego, nous comprenons comment l’idée de justes relations va de pair avec l’idée de la conscience de groupe. Oui, notre progrès implique de renoncer à nos trésors individuels et une certaine perte d’identité, mais il porte la promesse de la prospérité éternelle de la richesse partagée sous ses multiples formes, la conscience étant prioritaire. N’est-ce pas suffisamment souhaitable ?
En fin de compte, nous sommes encouragés à attiser le feu de nos cœurs et à transmuter l’amour, de l’amour personnel, à l’amour du compagnon et de la famille, à l’amour de tout notre environnement, et du patriotisme à l’amour de toute l’humanité. Ainsi la transmutation de notre vie astrale conduit-elle, par le conflit, à une conscience élargie[3]. §
1. Adapté d’Alice Bailey, Extériorisation de la Hiérarchie 288
2. Alice Bailey, Psychologie Ésotérique II 86
3. Alice Bailey, Un Traité sur le Feu Cosmique 954

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