REGLE QUATORZE- Partie 1
REGLE QUATORZE
Quintuple Demande
Cette dernière règle incarne, pour les disciples et les initiés, une grande récapitulation. Je souhaite signaler de nouveau (comme je l'ai fait si souvent dans le passé) que le sens évident – si élevé soit-il – n'est pas celui dont nous allons traiter. C'est la signification, sous-jacente au sens, qui retient toujours l'attention du mental de l'initié. Les étudiants feraient bien de se rappeler la succession suivante des mots incarnant des idées : Symbole, Sens, Signification, Lumière, considérant la lumière comme l'émanation d'énergie créatrice – le facteur qui organise le symbole, révèle le sens, et constitue la puissance de la signification.
Nous avons étudié ces règles et pénétré profondément dans le monde des significations. La plupart d'entre vous, néanmoins, n'ont pas dépassé le stade où l'on va à tâtons dans le monde de l'âme. La raison [286] en est que vous n'avez pas encore pris la troisième initiation. Je vous demande aussi de garder à l'esprit le fait que le monde des symboles est celui de la vie personnelle, des phénomènes, ceci couvrant les trois mondes de l'évolution humaine ; le monde de l'âme est celui où l'âme vit et se déplace avec intention et compréhension ; le monde de la signification est le monde de la Triade spirituelle qui n'accorde complètement son droit de cité qu'après la troisième initiation.
Les mots dont il est question dans cette Règle XIV sont apparemment si simples qu'ils peuvent aisément être compris. Je vais essayer de vous montrer que leur véritable sens est profond et ésotérique, au, comme vous dîtes, énième degré.
Règle XIV.
Aux postulants. Écoutez, touchez, voyez, appliquez, connaissez.
Aux disciples et aux initiés. Connaissez, exprimez, révélez, détruisez et ressuscitez.
Les relations suivantes devraient être notées, car la première est la semence de l'autre.
POSTULANTS INITIES Écoutez Connaissez Touchez Exprimez
Voyez Révélez
Appliquez Détruisez
Connaissez Ressuscitez
Vous noterez que le postulant arrive finalement à la connaissance, et commence à savoir ; le disciple ou l'initié part de la connaissance et, grâce à sa faculté d'exprimer ésotériquement ce qu'il sait, il est capable de révéler la lumière, et par cette lumière de détruire toute illusion, tout mirage et maya ; il provoque la résurrection sur le plan physique – résurrection de la mort qu'entraîne inévitablement la vie sur le plan physique.
Les cinq mots donnés aux postulants sont en vérité relativement simples. La plupart des aspirants comprennent leur sens dans une [287] certaine mesure. Ils savent que le terme : "Écoutez" n'a rien à voir avec le sens physique de l'ouïe, et que le toucher qu'il faut cultiver se rapporte à la sensibilité et non à la perception sensorielle du véhicule physique. Ils savent de même que la vue à cultiver est la faculté de voir la beauté sous-jacente à la forme, à reconnaître la divinité subjective et à enregistrer l'amour exprimé par le moyen des symboles. L'application de l'énergie de l'âme aux affaires de la vie journalière et l'établissement de conditions permettant la connaissance de l'âme, sont les leçons élémentaires de l'aspirant. Il est inutile que j'en traite, sauf dans la mesure où elles donnent la clé de la signification des cinq mots communiqués au disciple initié.
Prenons ces cinq mots un à un, et cherchons à préciser leur signification. Mais, tout d'abord, je désire signaler que nous nous occupons ici de la clé monadique, de ce qui fait la synthèse des significations, et de ce qui apporte une signification vitale à la vie de l'initié. Je voudrais qu'en lisant ce que j'écris vous vous retiriez en vous- mêmes et cherchiez à penser, à sentir et à percevoir au niveau de conscience le plus élevé que vous puissiez atteindre. Un effort dans ce sens sera très fructueux et entraînera sa haute récompense. Vous ne saisirez pas toute l'intention contenue dans ces mots, mais votre sens de la perception commencera à réagir à l'impression de la Triade. Je ne sais comment exprimer cela autrement, limité comme je le suis par la nécessité du langage. Il se peut que vous n'enregistriez rien consciemment, car le cerveau du disciple moyen est encore insensible à la vibration monadique. Même si le disciple est capable d'une certaine réceptivité, les termes indispensables qui permettent d'exprimer l'idée ressentie ou de revêtir le concept n'existent pas. Il est donc impossible d'exprimer les idées divines sous leur forme idéale, et de les faire descendre dans le monde de l'âme, puis de là dans le monde des symboles. Ce que je dis aura donc plus de sens vers la fin du siècle, lorsque les hommes se seront remis du chaos et de la cruauté de la guerre, et quand des influences spirituelles supérieures et nouvelles seront diffusées assidûment. J'écris pour l'avenir, mes frères. [288]
1. Connaître
Quelle est la différence entre ce que sait l'aspirant et ce que connaît le disciple initié ? C'est la différence qui existe entre deux champs et zones de perception. On dit d'abord à l'aspirant "connais-toi toi-même" ; puis on lui indique la relation entre la forme et l'âme ; la zone couverte par sa connaissance est celle des trois mondes, à laquelle s'ajoute le niveau du plan mental où son âme est focalisée. Le disciple initié connaît la relation de la périphérie avec le centre, de l'Un avec la multitude, de l'unité avec la diversité. Le postulant s'intéresse à la triplicité : lui-même en tant que connaissant, son champ de connaissance, et ce qui est l'agent de la connaissance, le mental. Le disciple initié fait plus qu'enregistrer la triplicité ; il se préoccupe de la dualité de la manifestation, de l'énergie-vie en ce qu'elle affecte la force-matière, de l'esprit et de la substance. La connaissance de l'initié n'a rien à voir avec la conscience reconnue par le mental, en tant que facteur du processus de l'évolution. Sa connaissance est liée à la faculté d'intuition et à la perception divine qui voit toute chose comme en elle-même. La manière la plus simple d'exprimer cette connaissance de l'initié est peut-être de dire que c'est la perception directe de Dieu, utilisant ainsi des termes mystiques ; la connaissance de l'aspirant est liée à l'aspect de la divinité que nous appelons l'âme dans la forme. Pour exprimer la chose d'une manière encore différente, je pourrais faire remarquer que l'aspirant s'intéresse à la connaissance de l'âme et de la matière, tandis que l'initié s'intéresse à l'âme et à l'esprit.
Si je vous dis, mes frères, que la connaissance de l'initié concerne ce qui est produit par le SON et non par le A.U.M. ou le O.M., j'aurai établi une liaison entre ces commentaires et beaucoup d'autres donnés précédemment dans l'analyse de ces quatorze règles. La faculté d' "écouter" de l'aspirant a maintenant été transformée en reconnaissance effective de ce que le Son a créé. Je ne parle pas ici de la création du monde phénoménal, ou du monde de l'âme qui est essentiellement le [289] Plan ou modèle sous-jacent au monde phénoménal, mais de l'intention ou Dessein qui a motivé le Son créateur ; je traite de l'énergie d'impulsion qui donne une signification à l'activité et à la force de vie que le Son centralise à Shamballa.
Ce n'est pas la faute de l'humanité si c'est seulement maintenant qu'il est possible à la signification du dessein divin de se faire jour plus clairement dans la conscience du disciple initié. C'est une question de détermination du moment dans le temps, et de mouvement dans l'espace ; cela concerne la relation de la Hiérarchie, travaillant le Plan, avec Shamballa qui reçoit (au moyen du Son) l'énergie créatrice qu'il est de l'intention divine d'étendre, en produisant une expression parfaite de l'Idée divine. C'est à la connaissance de cette relation et de ses effets que se rapporte le premier mot de la Règle XIV.
Ce fut le premier impact de cette signification sur la conscience du Christ – conscience illuminée, purifiée et divinement focalisée – qui l'obligea à s'écrier : "Père, que Ta volonté soit faite et non la mienne." Il eut une vision de l'intention divine qui se faisait jour – intention concernant l'humanité et (par l'intermédiaire de l'humanité) la planète tout entière. Au stade hiérarchique de développement atteint par le Christ, et qui avait fait de lui, le Chef de la Hiérarchie et le Maître de tous les Maîtres, sa conscience était entièrement une avec le Plan. Pour lui, l'application du Plan dans les trois mondes, son but consistant à établir le royaume de Dieu sur la terre, et l'apparition du cinquième règne de la nature, n'étaient que la simple exécution de la loi, et toute sa vie avait été dirigée vers cette exécution. Le Plan, son but, ses techniques et ses méthodes, ses lois et leur application, ses effets phénoménaux, les obstacles à surmonter, l'énergie (celle de l'amour) à employer, ainsi que la relation et l'interaction étroites et grandissantes entre la Hiérarchie et l'humanité, entre le centre du cœur du Logos planétaire et le centre créateur, tout cela Il le connaissait et le comprenait parfaitement. Au point le plus élevé de cette connaissance parfaite et au moment où Il se soumettait complètement au nécessaire sacrifice de sa vie afin d'accomplir le Plan, une grande expansion de conscience se produisit soudain. La [290] signification, l'intention, le dessein de l'ensemble et l'étendue de l'Idée divine, telle qu'elle existait dans le mental du "Père", apparurent à son âme (pas à son mental, mais à son âme). Il pénétra encore plus loin dans la signification de la divinité que cela avait jamais semblé possible ; le monde de l'âme et le monde des phénomènes disparurent et – en termes ésotériques – Il perdit tout ce qu'Il possédait. Ces termes sont forcément dépourvus de sens pour vous. À ce moment-là, ni l'énergie créatrice du mental ni l'énergie de l'amour n'existaient plus en lui. Un type nouveau d'énergie devint disponible pour lui – l'énergie de la vie même, imprégnée de dessein et mue par l'intention. Pour la première fois, la relation de la Volonté, qui jusque là s'était exprimée dans sa vie par l'amour, et le travail créateur inaugurant la nouvelle dispensation et instaurant pour tous les temps le royaume de Dieu, lui apparut clairement. C'est alors qu'il subit la grande épreuve de la renonciation.
Il y a là une indication. Ce point élevé de réalisation chez le Christ comme le relate l'Évangile, fut atteint à Gethsémani ; pendant un bref moment, il nous est permis de pénétrer un aspect ou phase de la sixième initiation. Ce fut cet événement, cette crise spirituelle de la vie du Christ (survenant alors qu'Il adombrait son disciple Jésus), qui permit à Jésus, à son propre niveau de développement spirituel, de prendre la quatrième initiation, celle de la Crucifixion ou de la Grande Renonciation. Les nombres quatre et six sont étroitement liés et la renonciation moins grande (grande seulement du point de vue humain) rend la renonciation supérieure possible pour l'avenir, et vice versa. Deux histoires parallèles se déroulent en beaucoup de points de l'Évangile ; le monde moins élevé du disciple bénéficie de la réalisation de ceux qui prennent les initiations supérieures, démontrant ainsi l'unité étroite qui existe toujours au sein de la Hiérarchie, et la synthèse – focalisée par l'intermédiaire du Christ – qui commence à se former entre la Hiérarchie et Shamballa. Celle-ci survient dans notre ère et pour la première fois au cours de l'histoire. La reconnaissance de cette synthèse naissante entre la Volonté et l'Amour [291] eut un effet précis dans la conscience du Christ, et le conduisit à apprendre beaucoup de choses qui, jusque là, lui avaient été cachées.
Voilà de profonds mystères. Leur valeur pour le disciple à l'instruction réside dans le fait de reconnaître les relations et d'y réfléchir.
Ces règles sont – comme vous le savez – les règles gouvernant la vie de groupe ; elles constituent la clé des lois qu'observent tous les groupes planétaires dans leur travail. La vie hiérarchique, par son aspect majeur d'amour, était une zone de conscience familière et bien connue des Maîtres, et de leur Maître à tous, le Christ. Mais une connaissance plus avancée attendait même ce "Fils de Dieu devenu parfait" ; il lui fut alors révélé la nature et le mental de ce grand Être, incarné par le Seigneur du Monde à Shamballa.
C'est cette réalisation vivante de l'Existence et de l'identification avec le Logos planétaire, sur le plan mental cosmique, qui constitua la perception en cours de développement du Christ, sur la Voie de l'Évolution Supérieure. Donc, l'expérience, la perception et l'Existence sont les notes-clé :
1. Du Sentier de l'Évolution.
2. Du monde de développement sur le Sentier.
3. De l'état de focalisation divine sur la Voie.
En d'autres termes, vous avez les états d'Individualisation, d'Initiation, et d'Identification.
La relation entre ce qu'écoute l'aspirant et ce que sait le disciple initié, nous a été communiquée dans des écritures anciennes, de la manière suivante :
"C'est confusément que celui qui cherche entend le faible murmure de la vie de Dieu ; il voit le souffle de ce murmure troubler les eaux de la vie spatiale. Le murmure pénètre. Il devient alors le Son de nombreuses eaux et la Parole de nombreuses voix. Grande est la confusion, mais il faut continuer d'écouter.
Écouter est la semence de l'obéissance, O Chéla sur le Sentier.
La voix parvient plus forte ; puis soudain les voix se dissipent et [292] il ne s'agit plus d'écouter mais de savoir, de connaître ce qui est derrière la forme extérieure, de percevoir ce qu'il faut faire. L'ordre est vu. Le modèle se dégage clairement.
La connaissance est la semence de l'action consciente, O Chéla sur le Sentier.
Écouter et connaître se dissipent aussi, et il est possible de voir ce qu'ils produisent. L'Existence se dégage, ainsi que l'Union avec l'Unique. L'identité est connue, non sur ce plan, mais sur cette sphère supérieure où se déplacent et parlent les Grands Fils de la Vie. Il ne reste que l'Existence. Le travail est accompli."
2. Exprimer
Nous en arrivons maintenant au second mot de la quatorzième règle destinée aux disciples et aux initiés, le mot Exprimer. Celui-ci ne peut pas être correctement compris, séparé du mot précédent, communiqué aux postulants – le mot Toucher. Notez, je vous prie, que tous les mots donnés au néophyte se rapportent fondamentalement à ce qu'il doit faire vis-à-vis de lui-même, à une tâche qu'il doit entreprendre et qui le rendra apte à progresser, ou à un processus de compréhension qui lui permettra de fonctionner au sein d'un mécanisme meilleur et plus sensible. Ce stade pourrait s'appeler la "phase de l'introversion" dans l'entraînement, car elle conduit le disciple en puissance à une meilleure connaissance de lui-même ; il saisit le fait que lui, le microcosme, est la clé du macrocosme, qu'il est la clé de l'avenir et qu'il porte en lui la révélation, laquelle doit précéder l'action ésotérique. Au contraire, les mots destinés au disciple et à l'initié indiquent qu'il lui est possible de travailler à partir d'un centre profondément ésotérique, d'une manière véritablement occulte. Par là, je veux dire que l'initié, travaillant comme nous l'avons vu à partir d'un point de connaissance, n'est plus centré en lui-même, mais préoccupé maintenant de ce dans quoi il vit, se meut, et a son être. Il s'intéresse au Tout et non à la partie ; il s'intéresse à ce qui va affecter son entourage (aspect de ce Tout vibrant et vivant) et non à lui-même ; sa tâche est la tâche hiérarchique de sauvetage des autres, non son propre salut. [293]
Si vous voulez bien noter vos attitudes et vos actions présentes, vous découvrirez qu'en tout premier lieu (et je pourrais ajouter, presque nécessairement) elles se centrent autour de vous-même, de ce que vous reconnaissez, de ce que vous comprenez de la vérité, et du progrès que vous faites sur le Sentier. Mais – lorsque vous parviendrez au niveau d'initié – l'intérêt porté à vous-même déclinera jusqu'à disparaître et, comme le dit une Expression ancienne, "Seul Dieu restera." Seul CELA – qui est beauté, bonté et vérité – demeurera dans la conscience ; CELA, qui n'est pas la forme, mais la qualité qui est derrière la forme, et indique le destin, l'âme, la place, le niveau. Réfléchissez à ces mots car ils vous décrivent sur quoi plus tard, au fil de l'évolution, vous mettrez l'accent.
En examinant ce mot Exprimer, je crois pouvoir rendre cette distinction un peu plus claire. Quand celui qui débute sur le Sentier réfléchit au sens de l'expression, il se préoccupe de son aptitude à exprimer la vérité qu'il reconnaît théoriquement, mais à laquelle il ne peut pas encore donner de forme. Cela a de la valeur car cela nourrit son aspiration, centre son attention sur lui-même, et accroît son naïf intérêt pour lui-même. Cela entraîne fréquemment des problèmes particuliers, tels que le sens de l'échec ou une impression indue de réussite, ou bien cela ne développe pas un juste sens des proportions.
Cependant, quand l'initié donne à sa conscience l'ordre d'exprimer, il ne s'agit pas pour lui de ce dont il a besoin, mais de l'expression de la vérité dont les autres ont besoin, et qui les guidera sur le sentier. Ce mot lui enjoint donc d'être créateur. L'initié crée à l'extérieur de lui-même, ce qui est sa contribution individuelle à la totalité des formes créatrices par lesquelles la Hiérarchie s'efforce de créer "un nouveau ciel et une nouvelle terre". Il ne s'occupe pas de ce que lui-même exprime en tant qu'âme au sein d'une personnalité ; il a pris l'habitude d'une juste expression de l'âme dans les trois mondes, et l'apparition de sa qualité (pour en revenir à notre emploi des mots originels – vie, qualité, apparence) est automatique et ne requiert aucun plan préalable. Néanmoins, il s'occupe de la succession de ses activités que je vais énumérer : [294]
1. Maintien du contact hiérarchique, dont le contact direct et conscient avec l'âme n'est maintenant qu'un corollaire, vu qu'il est devenu une habitude.
2. Perception ininterrompue de sa place ashramique ; je ne parle pas de lieu mais de degré, chose très différente.
3. Concentration réfléchie sur le Plan hiérarchique, dans la mesure où son ashram en a assumé la responsabilité ; il s'efforce de partager cette responsabilité intelligemment et efficacement.
4. Reconnaissance de la contribution immédiate de l'ashram et de sa contribution immédiate, en tant que partie intégrante de l'ashram. Ceci écarte le mysticisme visionnaire et produit l'occultiste actif.
5. Étude de méthodes créatrices de son Rayon particulier et visualisation de ce qui sera exprimé quand le travail créateur aura pris la forme voulue.
6. Projection consciente de sa contribution sur le plan physique extérieur. Un projet de création tangible est entrepris et finalement réalisé.
7. Il joue ainsi son rôle en amenant à l'objectivité l'entreprise créatrice de son ashram.
La semence de ce travail créateur est ce que l'ashram a prévu pour le moment exact du besoin présenté par l'humanité, correcte dans le temps et le lieu. Ceci peut ne pas être ce dont l'humanité croit avoir besoin ; c'est essentiellement ce que la Hiérarchie reconnaît comme facteur indispensable, conduisant au nécessaire progrès de la race humaine, à n'importe quel moment particulier du temps. Par exemple, actuellement, l'humanité pense que son besoin majeur est la paix et le confort matériel, et elle travaille vaguement en ce sens ; la Hiérarchie sait que son besoin majeur est de reconnaître la folie de la séparativité du passé, et le culte de la bonne volonté. C'est vers ces objectifs que les membres des ashrams bandent tous leurs efforts. Donc, la tâche créatrice des disciples et des initiés au travail est de réaliser la présentation (apparition) des vérités nécessaires, de telle manière que la reconnaissance de l'humanité soit si saine qu'une action juste puisse être dûment [295] entreprise. Les travailleurs hiérarchiques doivent donc exprimer le vrai besoin de la forme, adapté à la faculté d'enregistrement de l'humanité à ce moment-là.
Le travail d'expression créatrice ne concerne donc pas le développement ou le progrès personnel de l'initié. Il a été accepté dans l'ashram à cause de son développement et à cause de la contribution qu'il devrait être capable d'apporter au dessein créateur ashramique. Ce qu'il a "touché", en tant que néophyte afin d'acquérir spirituellement ce qu'il pouvait pour lui-même (et sa motivation était juste), est maintenant devenu ce qui doit être exprimé dans son champ de service, exigeant de lui tout ce qu'il possède et ne laissant rien pour le soi séparé.
L'assemblée hiérarchique dresse actuellement les plans d'une grande activité, impliquant tous les ashrams majeurs et mineurs ; le travail de tous les disciples, attentifs et dans l'expectative, est de faire de ce plan créateur une réussite, en l'exprimant pleinement sur le plan physique.
Ils doivent le réaliser par le moyen de leurs activités groupées et unies, qui incarneront l'expression complète de tout ce qu'ils ont acquis, de tout ce à quoi ils sont parvenus lors des stades antérieurs de leur développement individuel. Vous verrez ainsi que, depuis Dieu le Créateur de tout ce qui EST, jusqu'au disciple le plus humble du centre hiérarchique, le thème de la créativité domine et exprime (toujours en termes occultes) l'intention divine. Actuellement, ce que les hommes appellent travail créateur est en réalité une expression d'eux-mêmes, de la beauté telle qu'ils la voient, de la vérité telle qu'ils la saisissent, de la psychologie telle qu'ils l'interprètent scientifiquement. Leur développement spirituel et leur perception intelligente détermineront la qualité et la nature de leur expression, mais ce sera la leur.
Dans le cas de travailleurs hiérarchiques, cependant, la situation est différente. Ils travaillent à exprimer ce que l'ashram cherche à exprimer par le truchement de son groupe de travailleurs ; ils s'efforcent d'exprimer le Plan ou ce qu'ils peuvent en saisir ; ils se consacrent à l'expression de l'âme telle que cette âme devrait être connue dans la [296] culture et la civilisation qui est sur le point d'apparaître. Ils peuvent travailler totalement détachés des intérêts égoïstes ; ils ne revendiquent pas ce qu'ils créent, mais le considèrent comme une expression d'activité hiérarchique ; ils sont libérés de la tendance à s'identifier avec ce qu'ils ont exprimé, mais – ayant créé ce que l'impulsion hiérarchique leur a indiqué – ils passent à une nouvelle expression du dessein dynamique en mouvement constant. Ils ne s'occupent pas de la forme, mais de la vie, de l'organisme plutôt que de l'organisation, d'idées plus que d'idéaux, de vérités essentielles plutôt que de théologies soigneusement formulées.
Le Christ exprima en lui-même et s'abstint de mettre en forme. Lui-même était la vérité ; inévitablement (à cause de sa vie inhérente) ce qu'Il a exprimé prit forme et a considérablement modifié et coloré la pensée et les projets des hommes, et continuera de le faire de plus en plus. À mesure que l'essence du christianisme se fait jour et s'exprime (et par là détruit le règne des Églises), vous avez de nouveau une illustration de la vérité sur laquelle je m'efforce d'insister. Dans l'Église chrétienne, les hommes ont exprimé eux-mêmes, mais non le Christ ; ils ont imposé leur interprétation de la vérité à la vérité elle-même ; ils ont créé une énorme organisation dans tous les pays, mais il n'y a pas d'organisme vivant. Dans la nouvelle religion mondiale qui est en voie d'apparaître, le christianisme sera exprimé par l'activité créatrice de l'esprit christique, par l'intermédiaire des disciples et des initiés. Nous verrons alors la pleine expression de la vérité hiérarchique dont le Christ est aujourd'hui le symbole et le représentant.
Les néophytes et les aspirants ont "touché" ce que représentait le Christ, puis ont tenté d'imposer leur compréhension du contact qu'ils avaient eu au reste du monde. Les connaissants, disciples et initiés, expriment ce qu'Il représentait, l'amour-sagesse. Ils le font automatiquement et par la force de l'habitude, tout d'abord en eux-mêmes et, finalement, dans le monde extérieur, par une activité créatrice précise, conforme à leurs plans.
Donc, mes frères, devant tout vrai aspirant se présente un stade intermédiaire de décentralisation, de vie spirituelle automatique et d'absorption dans la Hiérarchie par le moyen d'un ashram où il [297] peut apprendre le Plan. Quand cette phase de développement est achevée, le disciple peut alors commencer à travailler créativement, dans la ligne de l'activité hiérarchique.
Lorsque nous examinerons le prochain mot de notre liste, il faudra garder à l'esprit ce que nous avons dit concernant les mots Toucher et Exprimer. On pourrait dire que les mots qui sont donnés aux aspirants et aux postulants sont la semence ou germe des concepts indiqués par les mots destinés aux initiés et aux disciples. Avant que les premières significations ne soient maîtrisées dans les phases initiales du discipulat, le service illuminé plus tardif – basé sur les mots donnés en dernier lieu – n'est pas possible. Il y a toujours dans l'attitude nouvelle de l'initié, face à la compréhension ésotérique en développement, le fait implicite de la transition entre l'intérêt pour soi-même et l'état de conscience universel ; avec le temps, celui-ci devient l'agent directeur du service individualisé, exécuté sur le plan physique par le disciple. La fusion des deux attitudes – compréhension inclusive et service spécialisé – rend la tâche de l'initié particulièrement difficile. Il doit avoir deux attitudes simultanément, tout en se soumettant à l'entraînement indispensable pour lui permettre de franchir le pas suivant sur le Sentier. C'est seulement pendant la durée de cette phase que l'initié a une impression de triplicité. Ceci est un point important à noter. Gardez-le présent à l'esprit pendant que nous étudions les deux mots suivants : Voir et Révéler.
3. Révéler
L'objectif de l'évolution humaine dans notre cycle planétaire est la vue, dont le point culminant est la perception spirituelle qui est le don majeur de l'âme à la personnalité, quand le contact est réalisé ; elle communique le sens de l'amour attractif, indique la nature des choses, révèle le monde de l'âme et confère le grand don de lumière, de connaissance et d'illumination ultime. Tels sont les buts du mystique, de l'aspirant et du disciple consacré. Le plus grand don physique est celui de la vue, et il en est de même sur une courbe plus élevée de la spirale dans le monde de l'âme. Quand le disciple est parvenu à une certaine [298] mesure de vision et que son but est "en vue", il peut alors être admis dans un ashram où la nature de la révélation peut être portée à sa connaissance. Les hommes peuvent confondre vision et révélation ; je m'efforce d'éclairer quelque peu votre mental sous ce rapport ; donc la phrase précédente est d'importance majeure. Les aspirants ont tendance à penser que le but vers lequel ils s'avancent est celui du contact avec l'âme, le but secondaire étant celui de position hiérarchique et le troisième, celui de service. Ceci néanmoins n'est pas exact.
Le but s'offrant à l'aspirant est la conscience de la non-séparativité et la reconnaissance d'une inclusivité universelle ; le but secondaire est l'aptitude à révéler la nature de la réalité, l'Unité ; le troisième but est l'aptitude à prendre, dans les trois mondes, les mesures qui faciliteront la compréhension de ces données fondamentales pour l'humanité. Vous noterez comment cette dernière définition écarte inévitablement le facteur d'intérêt pour soi-même, dans sa totalité. On pourrait donc dire que la révélation concerne l'unité et rien d'autre. La nature pratique de cette vérité n'est reconnue que quand le disciple tente deux choses : la comprendre individuellement et faire pénétrer, dans le mental et la vie des hommes en tous lieux, la nature de l'unité planétaire et de la non-séparativité.
Le travail de l'aspirant est de voir la lumière ; c'est seulement quand cela est devenu un fait dans sa conscience qu'il peut commencer à saisir la révélation cachée que peut mettre à jour cette lumière avec laquelle il est entré en contact et qu'il a utilisée. Voilà une autre phrase-clé proposée à vos réflexions.
Je ne cherche pas ici à traiter de la lumière, de la vision ou de l'illumination. J'ai longuement traité de ces questions dans mes livres et elles ont constitué la recherche assidue des mystiques de tous les temps ; les Écritures Sacrées et la littérature de toutes les nations donnent aussi beaucoup de renseignements à ce sujet. Je me préoccupe de la question de la révélation et de la tâche de l'initié consistant à révéler. Le disciple qui représente l'ashram doit révéler à l'humanité l'unité essentielle, sous-jacente à toute création. Il le fait tout d'abord en jouant le rôle de feuille de verre limpide, à travers laquelle tous peuvent voir la réalité de [299] l'Unité, telle qu'elle se manifeste dans son fonctionnement pratique. Lorsque, par ses paroles et sa propre vie, il a montré sa participation consciente à cette unité de base, il passe à la pratique des méthodes ashramiques qui rendent cette vérité fondamentale encore plus apparente. Vous pouvez voir ici pourquoi – en tant que technique hiérarchique – nous avons attiré l'attention du grand public sur le fait de l'existence du Nouveau Groupe des Serviteurs du Monde. Il offre une expression pratique d'une unité basée sur l'unité de motif, de reconnaissance, d'orientation (vers le monde spirituel et vers le service de l'humanité), de méthode et d'idées. Tout ceci en dépit du fait que la relation sur le plan physique n'existe généralement pas, et qu'il n'y a pas d'organisation ou de reconnaissance extérieure. L'unité est subjective et, pour cette raison, elle est à l'abri de toute atteinte de la séparativité.
L'organisation intérieure à laquelle nous avons donné le nom de Nouveau Groupe des Serviteurs du Monde, afin de la reconnaître et de l'identifier, ne peut pas être brisée ou diminuée en aucune manière, car elle est construite autour d'un principe majeur de croissance évolutive qui – lorsqu'il est atteint – indique la perception de l'unité de conscience ; c'est une chose qui, lorsqu'elle est enregistrée et connue, ne peut pas être perdue ou réfutée. Une fois qu'elle est vue et comprise, elle devient un fait dans la conscience de celui qui la possède, tout autant que la reconnaissance et l'utilisation de son corps physique. Il sait que c'est un organisme complexe constituant une unité active par le moyen du principe de vie ; c'est un fait indiscutable dans la réalisation de l'homme intelligent.
Donc, quand le disciple est parvenu à voir et que la lumière afflue, la révélation de l'unité de toute vie est aussi simple qu'un événement courant ; elle survient tout d'abord pour lui en un éclair de compréhension, instinctive, instructive et merveilleuse, puis elle se stabilise, à mesure qu'il progresse, en une appréciation et appréhension permanentes ; finalement elle fournit le motif dynamique de toute action.
Quelle est la révélation immédiate que les initiés et les disciples du monde s'efforcent d'apporter à l'humanité ? Quel aspect de cette [300] unité essentielle s'efforcent-ils de rendre simple et apparente ? L'une des choses les plus faciles à dire (comme l'a fait, par exemple, Krishnamurti) est que la vie est une ; qu'il n'existe rien d'autre que l'unité. Ceci est une formulation rebattue d'une très ancienne vérité, qui est aujourd'hui une platitude occulte. Mais la vie n'est pas encore "une" dans la conscience, si vrai que cela puisse être en fait. La raison en est que la vie est la synthèse aimante en action, et cela n'est guère manifesté aujourd'hui. Nous avons la vie en activité, mais l'amour, basé sur l'unité comprise conduisant à l'expression de la synthèse, est encore absent. Néanmoins, cette vision surgit à l'horizon pour beaucoup de gens, car à l'heure actuelle nombreux sont ceux qui acquièrent la faculté de voir et chez qui la lumière afflue. La révélation viendra quand les disciples et les initiés auront perfectionné l'art de la révélation.
La tâche de l'avenir est simple. Aujourd'hui, l'aspect important de l'unité fondamentale unissant toutes les formes, et sur lequel les travailleurs doivent mettre l'accent immédiatement, est le fait du royaume de Dieu, de la Hiérarchie planétaire. Les citoyens de ce royaume et les membres de cette Hiérarchie sont issus de tous les pays, de tous les partis politiques, de tous les groupes sociaux, de tous les cultes ou sectes religieuses, de toutes les organisations – quels que soient leurs objectifs exprimés – et l'universalité des domaines d'où ils émergent prouvent leur unité sous-jacente. Quand cette unité prendra des proportions adéquates aux yeux de l'humanité, une véritable synthèse s'ensuivra.
Il est donc demandé aux travailleurs hiérarchiques du temps présent de révéler avec plus d'insistance le fait de la Hiérarchie. Si cela est accompli sur une grande échelle et au moyen d'une organisation appropriée, l'actuelle structure mondiale dans les domaines de la religion de l'économie et de la politique sera détruite en grande partie – cette destruction est déjà en cours. Une pression accrue de tous ceux qui reconnaissent le caractère effectif du royaume intérieur et subjectif de Dieu, engendrera des résultats étonnants. Ce royaume, par son pouvoir majeur (la qualité de synthèse, si vous pouviez le comprendre), rassemble en lui-même des hommes et des femmes de toutes nations, venus de tous les coins de la terre. Il les absorbe, non parce qu'ils sont orthodoxes ou [301] religieux dans l'acception habituelle de ce terme, mais à cause de leur qualité propre. À mesure que leur nombre s'accroît, un mouvement inverse se produit simultanément. Des hommes se déplacent sur le plan physique, et le font en groupe afin de prouver la nature effective de l'unité mondiale qu'ils ont réussi à pénétrer. En conséquence, ils manifestent l'unité et la synthèse d'une manière si simple que les hommes en tous lieux pourront la saisir. Le Nouveau Groupe des Serviteurs du Monde est l'avant-garde du royaume de Dieu, et la preuve vivante de l'existence du monde de l'Unité spirituelle.
Il est demandé à tous les postulants de voir le Christ tel qu'Il est, afin que (comme le dit le Nouveau Testament) "Tel Il est, tels nous devrions être dans le monde." Il est fait appel à tous les disciples et initiés pour qu'ils révèlent au monde la formation de groupe de tous les travailleurs spirituels, la nature de la conscience christique qui ne connaît nulle séparation, qui reconnaît partout les hommes comme des Fils de Dieu en voie de s'exprimer. Tout cela est désiré à cause de la nécessité d'insister sur la totale inclusivité de l'approche divine, vis-à-vis de l'humanité. Ces disciples et ces initiés actifs considèrent que tous sont "un" en essence, qu'ils sont des frères, ce qui répudie toutes les théologies conçues par l'homme (religieuses, scientifiques, politiques et économiques) et dit aux hommes en tous lieux : "Nous sommes tous des enfants de Dieu ; nous sommes tous également divins ; nous sommes tous sur la voie de la révélation de la divinité, et ceci sur le plan physique de l'existence ; c'est ce que nous révélons qui a de l'importance ; ce qui nous est révélé est de moindre importance, bien que cela ait dûment sa place dans le processus d'entraînement et de perfectionnement."
Il existe un ancien catéchisme qui s'efforce de clarifier, pour le néophyte sur le point d'être accepté, la distinction entre vision et révélation. Il n'est plus guère employé car le postulant part aujourd'hui d'une courbe beaucoup plus élevée de la spirale, qu'aux temps ou cette forme d'interrogation fut composée. J'aimerais néanmoins citer une ou deux des questions et réponses en vue d'instruire les aspirants d'aujourd'hui. [302]
CATECHISME.
Que vois-tu, O disciple sur le Sentier ?
Rien que moi-même, O Maître de ma vie.
Regarde-toi de plus près et réponds de nouveau. Que vois-tu ?
Un point de lumière qui grandit et diminue, et rend l'obscurité plus noire.
Regarde l'obscurité avec un désir intense et, quand la lumière brillera, saisis l'occasion. Qu'est-ce qui apparaît maintenant ?
Un spectacle horrible, O maître de ma vie. Je ne l'aime pas. Ce n'est pas vrai. Je ne suis pas ceci ou cela. Cette chose mauvaise et égoïste n'est pas moi. Je ne suis pas cela.
Fais toute la lumière avec volonté, puissance et désir intense, puis raconte la vision qui peut se présenter. Que vois-tu ?
Révélée par la lumière, au-delà de l'obscurité, je vois une forme radieuse qui me fait signe. Quel est cet être qui, l'air bienveillant, se tient dans l'obscurité et dans la lumière ? Est-il, pourrait-il être moi-même ?
Qu'est-ce qui se fait jour à tes yeux alors que tu es sur la Voie, O
disciple épuisé et las, cependant triomphant dans la lumière ?
Une forme radieuse qui est mon Soi, mon âme. Une forme sombre, cependant vieille et sage, expérimentée et triste. C'est mon soi, mon soi inférieur, mon image ancienne et éprouvée sur les chemins de la terre. Elles sont face à face et, entre les deux, s'étend le terrain ardent... Elles bougent et se confondent... Le Sentier arrive à sa fin. La Voie s'étend vers l'avant. Il est possible de voir, et dans la lumière la réalité apparaît.
Que peux-tu révéler maintenant, O Serviteur sur la Voie ?
La révélation vient à travers moi, O Seigneur de la vie. Je ne la vois pas.
Pourquoi ne la vois-tu pas ? Quelle entrave t'empêche de la saisir ?
Rien ne m'entrave. Je ne cherche pas la vision, car j'ai vu. Ma tâche est la révélation. Je ne cherche rien pour moi- même.
Qu'est-ce qui s'offre à toi pour être révélé ? Qu'as-tu à révéler ?
Seulement ce qui depuis longtemps, depuis une éternité, a toujours existé et a toujours été là. L'Unité de la Présence ; la zone [303] d'amour ; l'Un inclusif vivant, aimant, enveloppant tout, étant tout, ne laissant rien à l'extérieur.
À qui cette révélation doit-elle être faite, O Serviteur du monde des choses vivantes ?
À tous ceux qui sont enveloppés dans la Présence aimante, vivante, à ceux qui, ne le sachant pas, maintiennent cette Présence et dureront éternellement – comme la Présence.
Et qui sont ceux qui vivent dans cette Présence et ne le savent pas ?
Ce sont toi et moi, et encore moi-même et tous ceux que je rencontre. C'est celui qui est dans chaque forme, et qui peut-être pense que la forme est tout ; qui vivant ainsi dans le temps et dans l'espace ne voit pas, dans la forme, la vie et la lumière se cachant à l'intérieur, derrière les voiles, entre le quatre et le cinq (le quatrième règne de la nature et le royaume de Dieu. A.A.B.), et ne voit rien d'autre. À ceux-là, je dois révéler la vérité.
Comment feras-tu ce travail, le plus difficile de tous, O disciple triomphant ?
En faisant voir que moi-même je suis la vérité ; en vivant comme un fragment de cette Présence, et en voyant toutes ses parties. C'est ainsi que la révélation est apportée dans le quatrième par le cinquième.
C'est tout ce que je peux vous communiquer actuellement sur l'injonction et le mot : Révéler, destiné à l'initié. Je désire signaler que sa tâche n'est pas de révéler le monde des symboles. Les cinq sens et le principe du mental suffisent pour y parvenir. Sa tâche n'est pas de révéler le monde de l'âme. Le disciple y parvient et interprète ce monde à mesure que se développe sa conscience de l'âme. Sa tâche est de révéler le monde des significations, le monde de la réalité, le monde de la vérité essentielle. Grâce à la réussite du processus de l'évolution, cette dernière tâche prend de l'extension et il faudra de plus en plus de révélateurs dans l'avenir immédiat. N'oubliez pas que l'appel invocatoire de la masse des hommes et l'énonciation intelligente de ce qui est demandé, par ceux qui [304] sont préparés intelligemment à aller de l'avant, susciteront inévitablement la nécessaire réponse et les nécessaires révélateurs de la réalité.
Le mot suivant que nous allons examiner est, pour moi, l'un des plus difficiles à expliquer. La raison de cette difficulté est que vous êtes tous pénétrés des idées ordinaires concernant ces mots familiers, et qu'il est donc à peu près impossible pour moi de vous communiquer leur signification sous l'angle de la conscience de l'initié. Identifiés avec l'aspect forme et avec la vie dans les trois mondes, vous avez de la difficulté à comprendre l'état d'esprit et le genre de perception qui distinguent ceux qui sont libérés des forces contraignantes des trois mondes conditionnant les êtres humains, entraînant de ce fait une orientation erronée et faisant obstacle à ce qui est appelé la perception spirituelle. L'attitude de l'homme ordinaire, et même du disciple ordinaire, est celle de quelqu'un qui regarde de la périphérie vers le centre, de quelqu'un qui est préoccupé de la forme de la vie et n'est pas conscient de la réalité comme l'est un membre de la Hiérarchie.
En conséquence, quand je vous dis que les mots, destinés aux initiés, constituant ce que j'ai appelé la Règle XIV ont une connotation très différente de celle à laquelle vous êtes habitués, je vous pose un problème très ardu. La vraie compréhension est, je m'en rends compte, impossible pour vous, mais vous pouvez bénéficier largement d'un effort pour comprendre. Ce que vous entendez lorsque vous parlez du mental abstrait ne correspond pas véritablement aux faits ; l'effort pour penser de manière abstraite est réellement un effort pour penser comme un initié qui a transcendé le mental concret et pense, ou plutôt perçoit en termes de vie et non de forme, en termes d'existence et non de ce qui ancre l'existence sur le plan physique, ou même en termes de conscience telle que vous la comprenez. N'oubliez pas que je vous ai dit ailleurs que la conscience (telle que la saisissent la personnalité et l'âme) a peu de rapport avec la forme de perception vivante caractérisant l'initié, qui est essentiellement une expression de la Monade par l'intermédiaire des trois aspects de la Triade spirituelle. Ceci est particulièrement vrai en ce qui [305] concerne les deux mots qu'il nous reste à examiner : Détruire et Ressusciter.
4. Détruire
Quelle est cette destruction que (selon les instructions de cette dernière règle) le disciple et l'initié sont chargés de provoquer ? Que leur est-il demandé de détruire ? Pourquoi l'ordre de cette destruction ?
Permettez-moi de partir d'une affirmation fondamentale : la destruction, ou pouvoir et désir de détruire caractérisant l'homme non-développé, l'homme ordinaire, et le disciple en probation, repose sur les influences déterminantes suivantes :
1. Manque de maîtrise de soi dans un domaine quelconque.
2. Désir de parvenir à ce que l'on souhaite en écartant tous les obstacles.
3. Réaction émotionnelle violente.
4. Vengeance, haine, cupidité et autres erreurs du même genre découlant du manque de développement spirituel.
5. L'effort pour rejeter les entraves existant en soi-même telles que celles qui sont implicites dans la règle destinée aux disciples en probation : Tuez le désir.
6. La destruction délibérée de tout ce qui fait obstacle au contact avec l'âme.
7. La destruction de tous les liens retenant l'homme spirituel dans les trois mondes.
Ces motifs de destruction sont tous liés au désir, à l'émotion et aussi à l'aspiration suscitée par le mental inférieur concret (vers la fin du cycle qui conduit à fouler le Sentier de Probation). Ils couvrent un dossier familier, bien connu de tout aspirant sincère, ou ils sont compris pour ce qu'ils sont à un niveau inférieur de la vie par l'homme qui paie les conséquences de ce genre de destruction. Je ne crois pas nécessaire de m'étendre sur ce mode de destruction, avec des étudiants tels que ceux qui lisent ce Traité. Ce genre de destruction concerne principalement la vie de la forme dans les trois mondes, l'aspiration et l'entreprise [306] individuelles (depuis le désir physique le plus bas, jusqu'à l'aspiration à la vie consciente de l'âme), l'expérimentation et l'expérience sur les trois plans de la vie humaine ordinaire.
Mais le mot "détruisez", exprimant un ordre donné à ceux qui sont membres de la Hiérarchie, sont passés ou passent d'une relation affiliée se situant à la périphérie de cette Hiérarchie, vers le centre d'activité et le contact étroit avec quelque ashram, a une signification très différente.
Le genre de destruction dont il est ici question n'est jamais le résultat du désir ; c'est un effort de la volonté spirituelle et c'est essentiellement une activité de la Triade spirituelle ; cela comporte l'exécution de mesures qui s'opposeront à l'obstruction faite à la volonté de Dieu, et consiste à favoriser les conditions devant détruire ceux qui tentent d'empêcher le dessein divin de se matérialiser en tant que Plan dont la Hiérarchie est responsable. En conséquence, il s'agit là principalement du contact de Shamballa vers la Hiérarchie et non du contact de la Hiérarchie vers l'humanité. Ceci est une déclaration ésotérique importante et ses implications doivent être très soigneusement examinées. Ce genre de destruction n'a qu'une relation secondaire avec la destruction de la vie de la forme, telle que nous la connaissons. Quand des mesures sont prises pour mettre en œuvre le dessein divin, l'effet qui en découle peut être la destruction des formes dans les trois mondes ; ceci est un effet et seulement une destruction secondaire ; autre chose a été détruit sur un plan plus élevé et hors des trois mondes. Cela peut, en son temps, produire une réaction dans la forme, à laquelle nous pouvons donner le nom de mort. Mais la mort de cette forme n'était pas le principal objectif ; et elle n'a même pas été envisagée, car elle n'était pas dans le champ de perception du destructeur.
La destruction plus élevée que nous examinons se rapporte à la destruction de certaines formes de conscience qui s'expriment dans de vastes zones ou par d'immenses formes-pensées ; celles-ci, à leur tour, peuvent avoir modelé la pensée humaine. L'illustration la plus simple que je pourrais peut-être vous donner concernerait les idéologies majeures [307] qui, au cours des siècles, ont conditionné ou peuvent conditionner l'humanité. Ces idéologies produisent des effets puissants dans les trois mondes. Ce type de destruction affecte les civilisations qui conditionnent la famille humaine sur de longues périodes, qui concernent les conditions climatiques prédisposant les formes des quatre règnes à certaines caractéristiques dans le temps et l'espace, qui produisent des effets dans les grandes religions mondiales, dans la politique mondiale et dans toutes les autres "formes de pensée influentes". Ceci vous apporte-t-il beaucoup ou peu de compréhension quant aux concepts que je m'efforce de rendre clairs ?
Sont donc détruites certaines formes de groupe et ceci sur une grande échelle ; il faut exercer la volonté spirituelle pour y parvenir et non pas simplement retirer l'attention de l'âme, décider d'abandonner la forme et ne plus ressentir le désir fondamental de perpétuation, ce que nous entendons lorsque nous parlons de mort dans les trois mondes. L'absence de volonté-de-vivre, dont nous parlons si facilement n'a, en réalité, que peu de relations avec la volonté elle-même ; elle se rapporte seulement à sa réflexion pâle et déformée dans les trois mondes ; cette réflexion est beaucoup plus étroitement liée au désir et à l'aspiration qu'à la volonté pure, telle qu'on la comprend spirituellement.
Le dessein de Dieu (pour employer une tournure familière) est ce qui met en œuvre le Plan. Ce dessein est la vie et le motif sous-jacents à tout ce qui émane de Shamballa, et c'est lui qui suscite toutes les activités de la Hiérarchie. La tâche de la Hiérarchie est de formuler le Plan pour toutes les formes de vie dans les trois mondes, et dans les quatre règnes de la nature. Ce Plan, dans le temps et l'espace, ne concerne en aucune façon l'individu ou la vie de n'importe quelle entité microcosmique d'un quelconque règne de la nature. Il concerne les ensembles, les cycles de temps, les vastes plans de vie que l'homme appelle l'histoire, les nations, les races, les religions mondiales, les grandes idéologies politiques et les organisations sociales qui produisent des changements permanents dans les types, les constitutions, les zones planétaires et les manifestations cycliques. Il est donc évident que, du [308] point de vue du mental étroit de l'homme, ces plans sont presque impossibles à saisir. Du point de vue de la vision de l'initié chez qui se développe ou s'est développé une compréhension plus large, et qui peut voir, penser et visualiser (peu importe le terme que vous choisirez) en termes d'Éternel Présent, la signification est claire. À certains moments, l'initié crée, puis ancre le germe de la vie ; à d'autres, il construit ce qui peut abriter l'idée vivante et les qualités qui conditionnent ; à d'autres encore, quand ce qu'il a construit a rempli son office, il le détruit délibérément. On fait nécessairement toujours référence à la forme ; pour l'initié, cependant, il s'agit de la "forme sans forme" qui est toujours l'aspect subjectif du monde tangible. Il faut se souvenir que, du point de vue ésotérique, toutes les formes des trois mondes sont tangibles, contrairement aux formes des deux mondes supérieurs de la Triade spirituelle.
La destruction envisagée est celle de la structure sans forme sur laquelle la structure plus grossière est construite. Vous parviendrez à une certaine compréhension de ceci, si vous réfléchissez à la relation des quatre sous-plans du plan physique, les quatre niveaux éthériques, avec les trois sous-plans que nous appelons les plans physiques denses. Ceux-ci constituent notre plan physique sous ces deux aspects. Ce n'est que le reflet des trois plans des trois mondes et des quatre plans allant du plan bouddhique au plan logoïque, constituant le plan physique cosmique. La destruction considérée par l'initié est liée aux mondes subjectifs des quatre plans supérieurs et des trois mondes de la vie humaine, ainsi qu'à d'autres formes de vie comme celle des trois règnes subhumains.
Dans la famille humaine, la mort survient quand l'âme retire son fil de conscience et son fil de vie ; ce processus de mort se rapporte entièrement aux trois mondes. L'âme a sa place sur les niveaux supérieurs du plan mental, comme vous le savez parfaitement. Quant aux formes d'expression que j'ai mentionnées plus haut – cycles, civilisations, cultures, races, règnes de la nature, etc. – leur destruction est engendrée à partir de sources encore plus élevées que les trois mondes dans lesquels elles se manifestent. Cette destruction se fait sous la [309] direction de Shamballa suscitant la volonté de la Hiérarchie, de quelque ashram particulier, ou de quelque membre de la Hiérarchie, afin d'obtenir, dans les trois mondes, un résultat prédéterminé qui soit dans la ligne du dessein de Dieu. On pourrait dire (avec une certaine mesure de justesse ésotérique) que la destruction engendrée, en obéissant à ce quatrième mot de la Règle XIV, est la destruction d'un certain aspect du plan, qui a joué son rôle dans les trois mondes selon le dessein et l'intention divine.